Sur fond de compétition mondiale autour des infrastructures d’IA (notamment sino-américiaine), il s’agit de montrer que des États peuvent échanger des données sensibles en faveur de la recherche.
Partenariat France/Inde : vers un modèle exportable de coopération sur les données de santé ?
Publié le vendredi 27 février 2026 à 15h04
Cardio Data InternationalÀ l’heure où la compétition mondiale sur l’IA se structure autour des grandes puissances et des infrastructures privées globales, la France et l’Inde expérimentent une autre voie. En organisant l’hébergement sécurisé de données de santé indiennes en France, les deux pays testent un modèle de coopération.
Annoncée en février 2026 à New Delhi lors du Sommet sur l’impact de l’IA, la coopération entre la Plateforme des Données de Santé et l’Indian Council of Medical Research prévoit l’hébergement sécurisé de données indiennes en France afin de conduire des projets de recherche en IA qui mobilisent des jeux de données des deux pays.
L’expérimentation de l’architecture DEPA (Data Empowerment and Protection Architecture) constitue un prototype de coopération internationale articulant IA, souveraineté numérique et recherche biomédicale.
L’Inde s’est imposée ces dernières années comme un acteur de référence dans le développement de « communs numériques ». Côté français, la Plateforme des Données de Santé intervient comme tiers de confiance et fournit l’infrastructure technologique destinée à accueillir les projets.
Ni Big Tech, ni centralisation totale : une troisième voie est possible
Le partenariat ne repose ni sur un modèle dérégulé porté par des plateformes privées globales, ni sur une centralisation étatique intégrale. Il s’appuie sur une logique de gouvernance publique et d’encadrement scientifique.
La démonstration recherchée est politique autant que technique : il s’agit de montrer qu’une coopération internationale sur des données à haute sensibilité peut être conduite sans dépendance aux grandes infrastructures privées mondiales et sans dilution des exigences de protection.
Un laboratoire de coopération
Concrètement, des jeux de données indiens utilisant l’architecture DEPA seront hébergés au sein de la Plateforme des Données de Santé, aux côtés de données françaises. Les accès seront encadrés, limités à des projets de recherche d’intérêt public. Les as d’usage sont sélectionnés selon des critères de sécurité, de pertinence scientifique et de valeur ajoutée pour la santé publique franco-indienne.
Cette configuration soulève la question suivante : peut-on bâtir un espace transnational de recherche en santé sans s’appuyer sur les infrastructures des grandes entreprises technologiques internationales ?
Si l’expérimentation aboutit, la France pourrait consolider son positionnement comme hub européen de recherche sécurisée en santé, en proposant un cadre de gouvernance et d’hébergement certifié susceptible d’être répliqué dans d’autres coopérations bilatérales.
La cardiologie comme terrain d’essai d’une IA comparative
Un projet pilote est à l’étude dans le domaine de la cardiologie. Il associe le réseau hospitalier indien Narayana Health et le registre français e-Must, porté par l’Agence régionale de santé Île-de-France et le GCS Sesan, intégré à l’entrepôt des bases de données partenaires de la PDS. Le projet porte sur la comparaison des caractéristiques des infarctus du myocarde dans les deux pays et sur l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle pour analyser :
- Les trajectoires de soins.
- Les facteurs de risque associés.
- Les différences épidémiologiques.
Croiser les données pour tester la robustesse des algorithmes
Au-delà de l’amélioration des stratégies de prévention, l’enjeu méthodologique est la robustesse des modèles. Les systèmes d’IA entraînés sur une population unique présentent des limites de généralisation. Le croisement de données issues de contextes épidémiologiques distincts permet de tester la transférabilité des algorithmes et de limiter les biais nationaux. L’IA médicale change ainsi d’angle, elle devient comparative.
La France teste un modèle, exportable ?
L’expérimentation DEPA constitue également un prototype économique et organisationnel. Si le modèle fonctionne, il pourrait structurer un cadre reproductible pour d’autres accords bilatéraux. Pour l’écosystème français les enjeux sont doubles :
- Attirer des projets internationaux à forte intensité technologique.
- Positionner la France comme plateforme d’accueil pour des recherches multi-pays encadrées.
Derrière l’architecture technique se dessine une dynamique plus large, à savoir la construction d’un modèle de coopération internationale.