Interopérabilité : un coût de 360 M€ à 1,8 Md€, France Biotech propose une feuille de route
Publié le lundi 13 avril 2026 à 10h14
DataMalgré les investissements massifs de ces dernières années dans le numérique en santé, l’interopérabilité reste un angle mort. Dans son étude, le collectif France Biotech dresse un constat : fragmentation des systèmes, standards hétérogènes… beaucoup de freins subsistent. Plusieurs recommandations ont été émises pour sortir du cloisonnement et atteindre une logique réellement interopérable.
Une interopérabilité encore largement inaboutie
L’étude mené sur un panel de 120 sociétés – allant des éditeurs de logiciel, aux institutionnels, en passant par les offreurs de soins et les industriels – met en évidence un paradoxe bien connu des acteurs du secteur : la France dispose d’un tissu riche d’éditeurs, de start-ups et d’établissements engagés dans la transformation numérique, mais peine encore à faire circuler efficacement les données de santé. Ce problème représente un énorme manque à gagner pour les établissements de santé, puisque le collectif estime que la difficulté d’interopérabilité des données de santé coûte à la collectivité entre 360 millions et 1,8 milliard d’euros par an.

personnel) – France Biotech
En cause, plusieurs facteurs structurels. D’abord, la coexistence de multiples standards techniques, parfois mal implémentés ou interprétés différemment selon les acteurs. Ensuite, une forte hétérogénéité des systèmes d’information hospitaliers, souvent construits par empilement successif de briques logicielles peu compatibles entre elles.
Résultat : les données sont disponibles, mais difficilement exploitables à grande échelle. Les cas d’usage avancés, en particulier ceux liés à l’intelligence artificielle, à la recherche clinique ou à la médecine personnalisée, se heurtent à des coûts d’intégration élevés et à des délais de déploiement incompatibles avec les attentes du terrain.
Cette situation n’est pas seulement technique.
Elle a des conséquences directes sur l’innovation et la qualité des soins :
des impacts concrets sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Pour les industriels et start-ups, le manque d’interopérabilité constitue un frein à l’industrialisation. Chaque déploiement nécessite des développements spécifiques, limitant les effets d’échelle et ralentissant l’accès au marché. Pour les établissements de santé, cela se traduit par une difficulté à intégrer de nouvelles solutions, même lorsqu’elles sont pertinentes. L’absence de fluidité dans les échanges de données complexifie les parcours patients et limite les gains organisationnels attendus. Enfin, pour les professionnels de santé, cela renforce la fragmentation de l’information, avec des données dispersées dans plusieurs outils, peu ou mal synchronisés. À terme, c’est la qualité et la continuité des soins qui peuvent être impactées.
Une problématique aussi organisationnelle que technique
L’un des apports majeurs de l’étude est de dépasser une lecture purement technologique du sujet. L’interopérabilité ne se résume pas à des standards ou à des API : elle repose aussi sur des choix de gouvernance, des modèles économiques et des incitations. Le collectif souligne notamment le manque d’alignement entre les différents acteurs : éditeurs, établissements, pouvoirs publics. Chacun avance avec ses propres contraintes et priorités, sans toujours converger vers une vision commune. Cela conduit à ce que plus de 70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données.

Par ailleurs, les incitations économiques restent limitées. L’interopérabilité est souvent perçue comme un coût, en développement, en maintenance, en conformité, sans retour immédiat pour les acteurs qui l’implémentent.
Trois axes de résolution pour structurer un cadre commun
Face à ce constat, France Biotech propose une approche pragmatique, articulée autour de plusieurs leviers.
- Premier axe : renforcer l’adoption et l’implémentation effective des standards existants. Il ne s’agit pas nécessairement d’en créer de nouveaux, mais de mieux utiliser ceux qui sont déjà disponibles, en garantissant leur bonne application.
- Deuxième levier : améliorer la lisibilité du cadre réglementaire et technique. Les acteurs ont besoin de référentiels clairs, stables et opérationnels pour intégrer l’interopérabilité dès la conception de leurs solutions.
- Troisième point clé : développer des mécanismes d’incitation. Cela peut passer par des critères d’éligibilité dans les appels d’offres, des financements conditionnés ou encore des dispositifs de labellisation valorisant les solutions réellement interopérables.
Enfin, le collectif insiste sur la nécessité de renforcer les espaces de collaboration entre acteurs publics et privés. L’interopérabilité ne peut pas être décrétée : elle doit être co-construite.
Des recommandations qui penchent vers une stratégie nationale plus structurée
L’étude formule plusieurs recommandations.
Elle appelle d’abord à une clarification du rôle des pouvoirs publics dans la gouvernance de l’interopérabilité, avec une vision stratégique plus affirmée et une coordination renforcée entre initiatives existantes. Elle recommande également de systématiser l’intégration de l’interopérabilité dans les politiques publiques numériques en santé, en en faisant un prérequis et non un objectif secondaire.
Autre point central : accompagner les acteurs, notamment les plus petits, dans la mise en conformité. Cela suppose des outils, des guides, mais aussi des dispositifs de soutien financier.
Enfin, le collectif France Biotech plaide pour une approche plus européenne, afin d’aligner les efforts nationaux avec les dynamiques en cours à l’échelle de l’Union européenne, notamment dans la perspective du développement des espaces européens de données de santé.