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FASN Cancérologie : La direction Data dirigée par le Dr. Livartowski à l’Institut Curie (2/04/19)

Paris - Publié le jeudi 28 mars 2019 à 15 h 20 - n° 8457 « Nous suivons des patients sur de très longues périodes. D’où l’idée de la création d’une direction des data, pleinement opérationnelle depuis 18 mois. L’objectif est de valoriser ces données accumulé depuis des années pour la recherche et pour la santé en utilisant notamment les algorithmes de l’intelligence artificielle », explique à Health & Tech Intelligence le Dr Alain LivartowskiAlain LivartowskiAlain Livartowski, oncologue et chargé des programmes de e-santé à la direction des Data de l'Institut CurieInstitut CurieInstitut Curie, à Paris. Il est membre du comité scientifique des Rencontres Nationales de la Santé Numérique, qui se tiennent le 2 avril 2019, à Paris.

L'événement est organisé dans le cadre de la campagne #FASN sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec UnicancerUnicancerUnicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins. Le programme de ces 36 heures chrono mettra en lumière les retours d’expériences d’acteurs de santé sur les grands programmes et expérimentations déployés au sein des établissements de santé et sur les nouvelles formes de coordination mises en place pour les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer.
© D.R.
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En quoi, l’Institut Curie a été pionnier dans le développement de la santé numérique ?

« L’Institut Curie a eu un projet d’hôpital numérique dès la fin des années 90 », Dr Alain Livartowski - © D.R. L’Institut Curie a eu un projet d’hôpital numérique dès la fin des années 90 et nous étions totalement informatisé au début des années 2000. Nous avons, à ce moment-là, décidé d’abandonner complètement les dossiers papiers. Nous avons numérisé tous nos documents en 2007 et arrêté d’utiliser les films radiologiques.

En 20 ans, nous avons accumulé un nombre considérable de données, comptes rendus, images et autres données. Elles sont constitués pour optimiser les soins. Cependant, nous avons aussi réfléchi à comment pouvoir utiliser ces données pour la recherche clinique, fondamentale et transnationale. Nous suivons des patients sur de très longues périodes. D’où l’idée de la création d’une direction des data, pleinement opérationnelle depuis 18 mois. L’objectif est de valoriser ces données accumulé depuis des années pour la recherche et pour la santé en utilisant notamment les algorithmes de l’intelligence artificielle.

Il s’agit de la dynamique qui a abouti à la création de MyCurie ?

Le projet d'intelligence artificielle pour identifier des risques prédisposant aux thromboses chez les patients est un exemple de la dynamique volontariste de mettre la santé numérique au service du patient.En effet. L’intérêt d'être totalement numérique, et de développer des projets de e-santé est de s’ouvrir vers l’extérieur avec la messagerie sécurisée de santé, le DMPDMPDossier Médical Partagé. Le partage s’effectue entre professionnels mais aussi avec les patients, qui sont de plus en plus hors les murs. D’où l’idée de l’application MyCurie pour que les patients puissent recevoir l’information complète les concernant.

Une première partie d’outils pratiques donne accès aux rendez-vous, aux comptes rendus. Les patients sont très demandeurs, pas tant pour les consulter tous les jours, mais d'être sécurisés. L’autre possibilité très appréciée est de pouvoir communiquer avec les médecins. C’est encore assez nouveau et cela entraîne deux implications pratiques : une modification de l’organisation, notamment pour répondre aux patients quand le médecin n’est pas là, et une réflexion sur le modèle économique.

Les informations récoltées en vie réelle par les patients alimentent leur dossier mais aussi la recherche, avec leur accord bien sûr. Le projet d’intelligence artificielle pour identifier des risques prédisposant aux thromboses chez les patients, annoncé en février 2019, est également un exemple de la dynamique volontariste de mettre la santé numérique au service du patient.

Justement comment la e-santé change-t-elle la prise en charge des patients ?

Le numérique devient un outil indispensable. Nous ne pouvons plus admettre de gérer la relation avec le patient uniquement par téléphone. Les patients eux-mêmes ne comprennent pas qu’un hôpital ne soit pas 100 % numérique. Ils veulent communiquer par les moyens modernes et numériques.

Il est encore tôt pour voir un changement radical dans la prise en charge des patients. Nous avons plus de 5000 patients qui utilisent MyCurie. C’est à la fois beaucoup et peu. Souvent, les applications sont utilisées par quelques centaines de patients. Mais, sachant que nous avons entre 200 et 300 nouveaux patients par mois, nous sommes loin de notre objectif de 50 % des patients connectés.

Les professionnels adhérent-ils à totalement à cette évolution ?

Je ne conçois pas aujourd’hui un hôpital qui ne devienne pas 100 % numérique.Je ne conçois pas aujourd’hui un hôpital qui ne devienne pas 100 % numérique malgré la contrainte d’avoir à la fois un dossier papier et un dossier numérique, dans une phase transitoire. La prescription doit être totalement numérique, ainsi que le suivi du circuit des chimiothérapies, des médicaments, des examens, notamment d’imagerie. L’objectif est d’avoir un suivi complet du circuit du patient.

Actuellement, personne ne reviendrait en arrière. En 2004, au démarrage, il a fallu échanger avec les équipes, les accompagner dans ce changement mais aujourd’hui, ils sont convaincus.

Au point d'être moteur dans le développement et le déploiement ?

Au démarrage du développement de l’application par exemple, quand il s’agissait d’information allant de l’hôpital vers le patient, ils n'étaient pas opposés mais ne se mobilisait pas beaucoup. Dans l’autre sens, pour l’information transmise par le patient, à gérer, analyser, intégrer dans les dossiers… les médecins se sentent plus concernés et sont très partie prenante. Ils ont été moteurs dans le changement d’organisation de pratiques pour répondre à cette nouvelle approche de la relation aux patients.

Les patients sont-ils plus impliqués ?

Tout à fait. Nous nous sommes beaucoup appuyés sur les patients eux-mêmes pour savoir identifier leurs besoins, leurs souhaits, notamment via des enquêtes. Plus que les associations de patients, je m’appuie sur les patients suivis actuellement, dans mon service, pour être au plus près de leurs problématiques. Nous avons diffusé aussi des enquêtes.

Pour MyCurie, nous avons d’abord demandé aux médecins de proposer l’application aux patients. Cela a démarré timidement. Puis, quand nous nous sommes débrouillés pour que les patients accèdent directement à l’application, sans passer par les médecins, nous avons eu 5 000 téléchargements en un an.

Quels sont les freins à lever ?

Certains patients également sont réfractaires à ce système. Nous devons le respecter en gérant les deux systèmes en parallèle.L’investissement en informatique coûte cher et pas seulement en matériel. Le volet fonctionnement d’un tel système, avec la mobilisation des médecins, soignants et administratifs n’est pas négligeable. Une organisation est à mettre en place alors que l’acte de télésurveillance n’existe pas. C’est un frein majeur. Quand, après la consultation, j'échange avec un patient par mail, ce n’est pas à côté de lui. Tant que cela arrive de temps en temps, il n’y pas de problème mais cette pratique se multiplie.

Outre la dimension économique, nous sommes face aux freins habituels de changements des organisations et des pratiques. Certains sont très tournés vers ces nouveautés. Nous avons une grande base de personnes prêtes à changer mais qui ne sont pas forcément moteurs et une partie, de plus en plus restreinte, est plus à la traîne. Nous sommes en train de changer d’organisation hospitalière, de modèle de parcours de soin. Cela va se faire avec le temps.

Certains patients également sont réfractaires à ce système. Nous devons le respecter en gérant les deux systèmes en parallèle.

Vous restez optimiste ?

Je suis optimiste car je suis dans un hôpital tourné vers l’innovation. J’ai été soutenu par ma direction qui m’a donné du temps, une équipe. Je pense que la santé numérique peut améliorer l’organisation, donner plus d’efficience. Pour que cela fonctionne à grande échelle, il faut rapidement lever les freins et trouver le modèle économique efficace.

Alain Livartowski
Fiche n° 3663, créée le 25/03/19 à 22:17 - MàJ le 25/03/19 à 22:21

Alain Livartowski



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Institut Curie
Directeur-Adjoint des Data et Responsable des projets e-santé Octobre 1986 Aujourd'hui
Octobre 1986 Aujourd'hui

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