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H&T SUMMIT 2018 : accélérer le processus de transformation du système de santé

Paris - Publié le samedi 2 février 2019 à 14 h 23 - n° 8013 Health&Tech Intelligence et le Cercle Numérique et santé ont organisé leur 2eme conférence internationale le 18 décembre 2018 à l’Institut Imagine (Paris). H&TI vous propose une synthèse des principales tables rondes et des entretiens avec les intervenants.

Selon Francesca ColomboFrancesca ColomboFrancesca Colombo, responsable de la division « santé » à l'OCDEOrganisation de coopération et de développement économiqueOrganisation de coopération et de développement économique, l'accélération de la transformation du système des soins est un « problème complexe », estimant que « l’enjeu n’est pas seulement d’optimiser les soins cliniques mais aussi de prendre en considération la surveillance des maladies, la recherche, la concordance des systèmes et la réduction des déchets ». La spécialiste est intervenue lors de la table ronde « Accélérer le processus de transformation du système de santé » (« Accelerating the pace of health system transformation »).

Au total, cinq interlocuteurs internationaux se sont exprimés sur le sujet, mettant en avant les 4 sujets suivants, au centre des enjeux portant sur l’accélération de la transformation du système :
la gouvernance et la confidentialité des données ;
l’interopérabilité ;
le passage d’un système centré sur l’hôpital à un système centré sur le patient ;
le changement culturel à adopter du côté des professionnels de santé.

Les échanges ont été modérés par Vanessa CandeiasVanessa CandeiasVanessa Candeias, responsable de l’initiative sur la santé mondiale et les systèmes de santé au Forum économique mondial.
Francesca Colombo, chef de la division de la santé de l'OCDE. - © Francesca Colombo
Francesca Colombo, chef de la division de la santé de l'OCDE. - © Francesca Colombo

Gouvernance et confidentialité des données (F. Colombo, OCDE)

La première étape pour accélérer le processus de transformation est de se concentrer sur la gouvernance et la confidentialité des données, estime Francesca Colombo, responsable de la division « santé » à l’OCDE, qui a une certaine expérience de la comparaison des systèmes de différents pays.

Elle indique qu’il y a encore beaucoup de travail à réaliser pour atteindre une norme en termes de confidentialité.

Elle recommande de traiter la question des données en se focalisant sur deux aspects : le droit à la vie privée et le droit relatif à la gouvernance des données.

L’interopérabilité pour de meilleures performances

Pour accélérer le processus de transformation du système de santé, Francesca Colombo estime également que l’interopérabilité entre les systèmes et les hôpitaux constitue une amélioration technologique fondamentale.

Elle prend en exemple les hôpitaux, confrontés à un manque de communication entre eux et à des obstacles pratiques pour partager leurs expériences. L’interopérabilité devrait permettre d’atteindre cette valeur potentielle recherchée à partir des données par des échanges facilités et une communication stimulante avec différentes parties prenantes, note Francesca Colombo.

L’importance de normes et de bases claires et unifiées (M. Lamiaux, BCG)

Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des normes claires afin de disposer de la même terminologie et du même processus de collecte de données. Matthieu Lamiaux, associé principal et directeur général de Boston Consulting GroupBoston Consulting Group (France), insiste également sur l’importance de l’existence de plateformes basées sur la même sémantique pour la comparaison des données. « Les fils et les tuyaux doivent être connectés » comme une base unique pour mesurer les résultats, explique-t-il. Il illustre ce point avec l’exemple de la France, où les données sont fragmentées et où il est donc difficile de comparer les données des hôpitaux et des prestataires de services urbains.

Il ajoute, par ailleurs, que le DMEDMEdossier medical électronique devrait circuler plus facilement entre les différents professionnels de la santé.

Construire une feuille de route coordonnée

« Plus vous avez de données, mieux vous mesurez les résultats », souligne Matthieu Lamiaux. Il cite l’exemple des maladies rares pour lesquelles les professionnels de la santé ne disposent pas assez de données pour pouvoir effectuer une comparaison à l'échelle mondiale.

« Comment collecter les données, comment les optimiser et les stocker ?, interroge le spécialiste. Face à l’augmentation du nombre d’acteurs tels que IBMIBM, GoogleGoogle ou AppleApple, il existe de nombreuses solutions [pour innover, notamment dans les domaines de] l’IA et de la blockchain. »

Il propose de concevoir une feuille de route pour :

  • « avoir une vision globale et garder comme principe clé une approche centrée sur le patient : il existe de nombreuses initiatives et nous devons les faire correspondre ;
  • rassembler toutes ces décisions, les définir, repérer les données dont les professionnels ont besoin, en utilisant le même langage et les mêmes normes ;
  • collecter des cas d’utilisation très importants pour les utilisations principales et secondaires. Pour les utilisations principales, les médecins peuvent prendre la décision qui convient pour le patient. Pour les utilisations secondaires, l’extraction d’une grande quantité de données d’un groupe important de patients permet de tirer des enseignements. »

Passer d’un système centré sur l’hôpital à un système centré sur le patient

Pour passer d’un système centré sur l’hôpital à un système centré sur le patient, chaque intervenant convient que tout le monde doit se retrouver autour d’une pour se mettre d’accord. Mais quelle est la recette à appliquer ?

Anne-Sophie Viard, responsable des affaires gouvernementales et des politiques à Novo Nordisk (Canada), indique que sa société « travaille [elle aussi] à la mise en œuvre de soins fondés sur la valeur », précisant qu’il ne s’agit pas d'« une priorité mais [d']une sensibilité partagée pour faire partie du changement ».

« En permettant aux fabricants de produire des résultats, cela nous permet d'être collectivement présents avec les autres parties prenantes du système de santé et de l’améliorer, explique-t-elle. Tous les acteurs vont aboutir à un accomplissement de leur propre intérêt. »

Et elle ajoute qu'« en combinant réellement les résultats pour les payeurs, cela créera un état d’esprit positif en matière de concurrence et incitera l’industrie à faire de la recherche dans la bonne direction ». Il sera selon elle utile d’adopter une approche systémique pour réinvestir dans l’innovation. Et pour les patients et les prestataires, cela leur donnera les moyens de prendre la bonne décision pour le traitement des patients, poursuit-elle.

« En travaillant ensemble, vous pouvez augmenter votre budget et réduire les coûts et le fardeau des soins » mais cela doit être mis en œuvre progressivement, commente de son côté Henk VeezeHenk Veeze, président du conseil d’administration et co-fondateur de Diabeter (Pays-Bas).

Une bonne infrastructure de données pour mieux mesurer les effets secondaires potentiels des médicaments (A-S. Viard)

Anne-Sophie Viard a également souligné le fait qu’une bonne infrastructure de données sur un système de santé fondé sur la valeur permettrait d’obtenir des résultats concrets. Cela éviterait des crises majeures liée aux médicaments, comme ce fut le car dans le passé en France et aux États-Unis. En d’autres termes, cela signifie que l'évaluation des médicaments dans des conditions réelles permettrait de mieux mesurer leurs effets secondaires potentiels.

Penser aussi à une stratégie commerciale viable (V. Candeias)

Vanessa Candeias, responsable de l’initiative sur la santé mondiale et les systèmes de santé au Forum économique mondial, conclut sur ce sujet en affirmant que les discussions ne doivent pas porter uniquement sur les coûts et la technique mais également sur la stratégie commerciale.

Selon elle, plus la stratégie commerciale est viable pour les entreprises de ce secteur, plus l’effort pourra être déployé collectivement. « Les processus doivent être alignés sur les objectifs de l’entreprise pour accélérer la transition et dépasser le système », avance-t-elle.

Changement culturel et incitations

Pour s’attaquer à l’interopérabilité, à l’IA, aux nouveaux processus et améliorer les résultats, un changement culturel profond est nécessaire. Joshua TepperJoshua Tepper, président et chef de la direction de Qualité des services de santé Ontario, qui possède une vaste expérience dans la gestion d’hôpitaux, affirme qu’il s’agit d’un processus continu.

La culture du changement signifie également la culture de la transparence. Matthieu Lamiaux souligne que la transparence est liée à la réputation. Plus une structure est transparente, meilleure est sa réputation. « Grâce aux résultats obtenus à partir de l’analyse de données massives, il est intéressant de comparer les informations, année après année, maladie après maladie, sur la base de faits réels, avance-t-il. Cela nourrit la transparence et la réputation. C’est un cercle vertueux. »

En outre, Henk Veeze pense, qu’en ce qui concerne les données, il est nécessaire d’ajouter « des données de contexte, sinon les gens penseront que cela n’a pas de sens ». Selon lui, cela permettra aux prestataires de soins d’avoir une vision complète du profil de chaque patient et, grâce à l’IA et à l’apprentissage automatique, de fournir le bon traitement.

Comment, cependant, encourager la culture du changement ? Qu’est-ce qui pourrait motiver les professionnels de la santé à changer leurs comportements ?

Francesca Columbo, qui admet qu’il est difficile d’obtenir des incitations, a expliqué que, dans les modèles traditionnels, le salaire était une motivation. Néanmoins, elle indique ne pas avoir obtenu les résultats escomptés jusqu’alors.

Des expériences en France et dans d’autres pays ont été menées sur de nouveaux mécanismes avec population, rémunération au rendement, paiement forfaitaire et la conclusion est que cela conduit à la déclaration.

« Une autre idée est de changer ce que nous mesurons ; alors, pas à pas, les comportements vont changer, indique-t-elle. Les professionnels de la santé s’adaptent aux moyens d’incitation et changent de comportement pour s’assurer de maximiser leurs remboursements. Par conséquent, continuons à changer ce que nous mesurons et ce sur quoi nous fondons leurs incitatifs, ils s’adapteront et ils commenceront à adopter les comportements souhaités à court et à long terme ».

Il s’agit selon elle d’une « adaptation continue ».
Fin
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