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Canada : enseignements et recommandations pour déployer le DMP en France (Dr J.P.Thierry, Synsana)

Paris - Publié le jeudi 18 mai 2017 à 11 h 01 - n° 3627 Health&Tech Intelligence a souhaité solliciter l’avis du Dr Jean Pierre Thierry à l’occasion de l’annonce de la dotation budgétaire de 300 m$ d’Inforoute santé du Canada par le Gouvernement canadien en mars 2017. Cette analyse propose un éclairage sur la structuration et la gouvernance France vs Canada. Elle permet également de souligner les points critiques d’un déploiement à grande échelle d’un dossier médical personnel : financements, gouvernance et planification.

L’expérience Canadienne en matière de Dossier Médical Partagé (le DSE au Canada) est intéressante à plus d’un titre même si l’organisation sanitaire canadienne est différente de la situation française et partage des points communs avec l’Italie ou l’Espagne, pays également caractérisés par une forte autonomie des provinces/régions. Le Canada dispose d’une agence eSanté, Inforoute Santé du Canada en charge de garantir l’interopérabilité, à terme, d’un grand projet pancanadien fondé sur une infrastructure respectant des standards communs à l’échelle du pays.

Inforoute Santé du Canada gère la plus grande partie des investissements au niveau fédéral (avec un périmètre qui réunirait en France le financement du DMP, le programme Hôpital Numérique et les deux nouveaux programmes pilotés par la DGOS, et l’équivalent des Territoires numériques de santé ou encore les projets de l’ASIP). Comme en France avec le DMP, le projet de DSE canadien a subi d’importants retards. Enfin l’avancement des projets régionaux/provinciaux, comme dans les autres grands pays ayant une organisation « fédérale » est variable selon les régions (un même constat peut être fait en Espagne ou en Italie tandis que les plus petits pays semblent bénéficier d’une mise en œuvre facilitée). En France, malgré la centralisation, des « inégalités régionales » peuvent être également constatées : la Franche Comté est-elle une Alberta française ?.

Quels enseignements de portée générale ?

1er enseignement : l’importance d’un financement suffisant sur longue période

Comme dans d’autres pays, on constate  une sous-estimation initiale des coûts et une évaluation initiale irréaliste de la durée nécessaire à l’aboutissement des projets de DMP/DES. L’exemple du Canada permet également de mettre en évidence le caractère avant tout « réactif » de décisions motivées par les comparaisons internationales (ex : le financement de l’équipement de la médecine de ville en 2009/2010 par Inforoute Santé du Canada précédant un freinage des investissements entre 2011 et 2017). Il sera intéressant de suivre l’évolution après le constat récent d’une absence d’évolution vers la maturité des DPI des établissements de soins de ce pays comparé aux USA ou à d’autres pays européens les plus avancés (Danemark, Pays-Bas).

Alors que la transition numérique est reconnue comme plus que jamais indispensable pour améliorer l’efficience des systèmes de santé des pays avancés, les effets de la crise débutée en 2008 constitue un risque majeur et paradoxal. Au Canada comme dans d’autres pays. La crise a vraisemblablement freiné l’effort d’investissement dans plusieurs pays alors qu’aux États-Unis, le plan de relance économique de 2009 a permis de disposer de 30 milliards de $ de subventions pour accélérer l’informatisation des établissements de soins et des cabinets de ville entre 2010 et 2016.

Enseignement n° 2 :  la question de la gouvernance et de l’articulation entre le national, le régional et le local.

La difficulté ressort comme plus grande dans les provinces/régions/Pays de grandes tailles et ayant un écosystème plus complexe. La maîtrise technique et la disponibilité d’un cadre d’interopérabilité bien défini sont considérés comme des prérequis car ils permettent d’alimenter le DSE. Les facteurs clés de succès les plus important sont désormais : la réduction de l’hétérogénéité (facilitée par exemple par la mutualisation et, si possible, des appels d’offres nationaux), la gestion de projet, la conduite du changement, l’adaptation aux contraintes locales et les ressources humaines (ex : l’agence de eSanté de l’Ontario compte 700 salariés).

Enseignement n° 3 : Un horizon temporel adapté

Ces projets nécessitent une persévérance des efforts dans le temps. Le cycle du DES/DMP au Canada, malgré son avance sur la France, nécessite encore au moins 10 ans d’efforts soutenus pour viser une généralisation à l’ensemble des provinces et surtout la consolidation pancanadienne (soit un cycle complet d’une durée de 20 à 30 ans impacté par la baisse conjoncturelle des investissements publics dans certains pays).

 Jean-Pierre Thierry

Fiche n° 2204, créée le 14/05/17 à 15:14 - MàJ le 16/01/19 à 12:30

Jean-Pierre Thierry



Parcours Depuis Jusqu'à
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2016 Aujourd'hui
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Novembre 2015 Aujourd'hui
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Septembre 2015 Aujourd'hui
Le Lien
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2014 Aujourd'hui
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2013 Aujourd'hui
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2014 2016
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Conseiller e-santé 2014 à 2016
2014 2016
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2012 2016
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Expert auprès du gouvernement Belge (fédéral) 2000 à 2006
2000 2006
Faculté de médecine, Paris
Docteur en médecine, Santé Publique 1971 à 1982
1971 1982

Fin
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