Australie : des experts appellent à la réglementation des apps et du marché de la santé numérique
Singapour - Publié le mardi 16 mai 2017 à 14 h 00 - n° 3611 Les Australiens qui utilisent des applications dédiées à préserver ou améliorer leur santé mentale sont invités à faire preuve de prudence.Des experts s’inquiètent de la qualité de certains dispositifs et ont appelé début mai 2017 à une plus grande réglementation du marché de la santé numérique, en plein essor au sein du pays.
Applications de santé mentale : leur efficacité remise en cause par le Dr. Grundy
Parmi ces spécialistes critiques figure le Dr. Quinn GrundyQuinn Grundy, chercheur postdoctoral à la Faculté de pharmacie de l’Université de Sydney au Centre Charles Perkins. Elle a affirmé à l’Australian Associated Press que les applications mobiles avaient le potentiel de fournir des services de santé mentale sur mesure, accessibles et rentables.
Cependant, elles peuvent également être potentiellement nuisibles, explique-t-elle, soulignant par ailleurs qu’il est complexe pour les consommateurs de trier les dizaines de milliers d’applications disponibles sur le marché.
Une analyse « des meilleures parmi les meilleures » applications du genre, financée par l’Australian Communications Consumer Action Network (ACCAN), a démontré qu’il y avait peu de preuves assurant de leur efficacité pour améliorer la santé mentale de leurs utilisateurs.
Même les meilleures applications ne seraient pas complètement fiables
« Au final, nous ne nous sommes pas sentis à l’aise pour soutenir l’une de ces applications, car même celles qui provenaient d’organisations réputées ne fournissaient pas les assurances sur la protection de la vie privée que l’on espérait, a précisé le Dr. Grundy à l’Australian Associated Press. [Et lorsque l’on observait] une excellente politique de confidentialité, il n'était pas évident que le développeur [de l’outil] possédait une expertise en santé mentale ou qu’il avait basé [son système] sur [un fondement médical] solide. »
En étudiant ces outils, l'équipe du Dr. Grundy a révélé différents aspects jugés dérangeants :
- Beaucoup de services communiquent sur la facilité et la rapidité avec lesquelles elles étaient capables de résoudre les problèmes des usagers. « Si l'état d’un consommateur ne s’améliore pas, [les fabricants] en prendraient-ils la responsabilité ? » ;
- Un certain nombre d’applications suggèrent que « les problèmes quotidiens », comme une mauvaise qualité de sommeil et le stress étaient le signe d’un problème de santé mentale. Or, une consultation avec un professionnel de la santé et une analyse personnelle beaucoup plus poussée sont nécessaires pour parvenir à ce genre de conclusion.
Certains services pourraient aggraver la santé mentale des utilisateurs
Pour le Dr. Grundy, certaines applications pourraient dans le pire des cas aggraver la santé mentale de l’usager.
Elle se base sur le cas de Jazmin, une étudiante en doctorat qui a commencé à utiliser une application dite de pleine conscience pour tenter de mieux contrôler son stress. Elle explique qu’elle avait alors un emploi du temps universitaire très chargé et qu’elle essayait en parallèle de monter sa start-up. « Je me sentais assez stressée. »
Au départ, elle trouve les méditations proposées par l’outil assez utiles, en particulier la nuit. « Mais le fait de devoir établir des rapports quotidiens a commencé à devenir fastidieux, et je me suis rendu compte que le sentiment de mal-être que je ressentais au début c'était aggravé, j’ai fini par me sentir pire qu’avant. Alors j’ai abandonné. »
Vers une plus grande réglementation du marché ?
Le Dr. Quinn Grundy regrette que les gouvernements n’agissent pas davantage pour réglementer le marché. Son point de vue est notamment partagé par le Pr. Lisa Bero, pharmacologue et chercheur australienne dans les soins de santé.
Le Dr Grundy a présenté son analyse courant mai au symposium sur l’intégrité et la polarisation de la recherche (the Bias and Research Integrity Node Symposium), organisé par le Centre Charles Perkins de l’Université de Sydney. L’occasion d’insister sur l’importance de la mise en œuvre d’une réglementation précise sur la commercialisation des applications dédiées à la santé mentale afin de s’assurer que les consommateurs reçoivent un soutien de qualité, fondé sur des données probantes.
Quinn Grundy
| Parcours |
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| Faculté de pharmacie de l'Université de Sydney, Centre Charles Perkins Chercheur postdoctoral, Australie |
- Professeur assistant à l’université de Toronto
