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Manifeste « citoyen » pour repenser l’hôpital public : 12 propositions, le numérique plébiscité

Paris - Publié le lundi 20 juillet 2020 à 13 h 21 - n° 11314 Déployer une stratégie numérique « ambitieuse » pour faciliter la coordination des parcours de soins ; mettre en place un écosystème territorial rassemblant des industriels de la santé et du numérique ; développer la recherche en soins premiers grâce au « développement exponentiel des outils numériques » ; construire une stratégie d’innovation avec l’industrie du médicament, des dispositifs médicaux (DM) et du numérique (IA)… Le numérique est plébiscité à plusieurs reprises dans le manifeste « citoyen » pour un renouveau de l’hôpital public, publié le 17 juillet 2020 par une centaine de signataires (personnalités de toutes origines, soignants, patients, étudiants, scientifiques, professionnels, académiciens, présidents et représentants d’associations). 5 axes principaux synthétisent le plan de reconstruction ainsi proposé, qui repose au total sur 12 propositions « pour un électrochoc de transformation ».

« Notre hôpital public, solidaire, pierre angulaire de notre système de santé, au service de tous y compris des plus démunis, doit être repensé et réorganisé pour lui redonner sa capacité à soigner mais aussi former, chercher et innover, soulignent les signataires. Le  »crash test«  Covid-19 ne doit pas être le chant du cygne d’un système étouffé par une logique administrative et comptable. L’approche technocratique et financière du Ségur de la Santé est insuffisante… Il faut aller plus loin ! »

Dans cet article, Health & Tech Intelligence revient sur les suggestions des signataires concernant le numérique en santé.

Les 5 axes principaux du manifeste :


1. « L’Hôpital public a pour vocation d’être un acteur et un coordonnateur des soins dans un territoire de proximité, en lien avec tous ses partenaires de la ville et des secteurs médicosociaux. Il doit agir pour une stratégie de santé publique favorisant une démocratie sanitaire à l’écoute de la population. Cette nouvelle organisation du service public hospitalier doit être fondée sur un principe de coopération qui doit structurer notre système de santé. »

2. « L’hôpital public doit se réorganiser par un projet médical répondant aux enjeux sanitaires de la population. Ce projet doit être évalué et valorisé par critères comme la qualité, la pertinence et la satisfaction des patients en sortant de la culture exclusive des  »procédures et des normes« . Il faut passer d’une logique de compétition provoquée par la T2AT2ATarification à l’activité à une logique de coopération et de dotation populationnelle modulée par des critères de précarité et de complexité.
L’organisation doit être simplifiée, privilégiant les circuits de décision courts avec un allègement de la bureaucratie interne dans des unités de base adaptées aux missions de soins.
La gouvernance exercée par co-décision, doit être médicalisée en combinant les expertises médicales, administratives et universitaires. Une convergence médico-soignante de terrain avec une responsabilisation de la direction des soins doit être recherchée pour construire de nouveaux projets disciplinaires et transversaux qui vont dynamiser l’hôpital. La légitimité élective de la direction médicale (PCME) et universitaire (Doyen) doit être réaffirmée. »

3.« L’hôpital public, en collaboration avec l’université dont c’est la mission, a pour responsabilité d’être un lieu de formation et de recherche. Il doit répondre aux enjeux de démographie sanitaire territoriale, en développant les nouveaux outils numériques, les nouveaux métiers et une formation pluri-professionnelle à tous les modes d’exercice.La dynamique de recherche doit se construire, avec l’ensemble des partenaires publics et privés.
L’objectif est de favoriser la créativité, l’attractivité et le rayonnement pour permettre des innovations accessibles à tous, tout en étant le garant de la qualité, de la sécurité et de l’éthique de la recherche en santé. La recherche en santé doit être une cause nationale avec une sanctuarisation des budgets dans un effort de soutien massif au profit d’une stratégie nationale mais aussi et surtout territoriale. »

4. « L’hôpital public doit évoluer pour devenir un espace de vie et de travail moderne et bienveillant qui permette l’accueil des patients et de leurs proches. Son engagement,fondé sur une stratégie écoresponsable doit transformer les structures et les organisations. »

5. « l’hôpital public doit bénéficier d’un soutien avec une revalorisation massive des investissements et des rémunérations de son personnel qui lui redonne une efficacité,une réactivité et une attractivité qui est en train de s’effondrer. »
Le manifeste est signé par une centaine de personnalités et d'organisations. - © D.R.
Le manifeste est signé par une centaine de personnalités et d'organisations. - © D.R.

Les 12 propositions pour le renouveau de l’hôpital public (récapitulatif) :

En gras les propositions pour lesquelles le numérique est évoqué (détail présenté dans la deuxième partie).

  • 1. un acteur majeur du secteur public engagé pour l’accueil et l’accompagnement de tous les patients et de leurs proches ;
  • 2. un centre de soin réactif et adaptable, coordonné avec les soins de ville et le secteur médico-social ;
  • 3. un centre de coordination et de collaboration avec tous les acteurs publics et privés dans un territoire de vie de proximité ;
  • 4. un établissement dynamique engagé à construire des projets de soins, formation et recherche attractifs coordonnés par une gouvernance assurée par des professionnels de santé soutenus par l’administration ;
  • 5. un acteur majeur de la recherche en santé coordonnée par l’université avec l’ensemble de ses partenaires publics et privés ;
  • 6. un espace d’excellence destiné à renforcer une créativité multi-partenariale pour une innovation accessible à tous ;
  • 7. un centre de formation et de sensibilisation aux problèmes de santé publique pour tous les acteurs de la santé coordonné par l’université ;
  • 8. un centre avec un rayonnement européen et international qui valorise la « marque » soin, formation et recherche médicale française ;
  • 9. un espace de vie pour l’accueil et l’accompagnement bienveillant des patients et de tous les professionnels de santé qui doit être construit avec une réflexion organisationnelle et architecturale nouvelle ;
  • 10. un établissement écoresponsable impliqué dans une stratégie priorisant les enjeux environnementaux ;
  • 11. un centre de soins, de formation et de recherche dont le financement doit être adapté aux besoins et aux enjeux de santé de la population ;
  • 12. un établissement de santé qui redonne de la confiance et du sens aux missions des soignants qu’il faut accompagner et rémunérer à la hauteur de leur engagement et de leur compétence.

Le recours au numérique encouragé à plusieurs reprises par les signataires

Proposition 3 : un centre de coordination et de collaboration avec tous les acteurs publics et privés dans un territoire de vie de proximité

  • Mettre en place une stratégie numérique « ambitieuse » pour faciliter la coordination des parcours de soins

« La coordination des parcours de soins doit être facilitée par une stratégie numérique (e-santé) ambitieuse avec des outils conviviaux et partagés », avancent les signataires.

Ils estiment « majeur » le rôle de L’hôpital dans « le développement et l’application » d’outils de télémédecine, de télé-expertise et d’une « e-médecine interventionnelle », l’objectif étant de pallier en partie l’hétérogénéité de l’offre de soins au sein des territoires.

  • Une implication de tous les partenaires et en particulier de la Cnam, des collectivités et « surtout » de la population

« L’enjeu numérique » doit selon eux impliquer « tous les partenaires » et en particulier l’Assurance maladieCaisse nationale d'assurance maladie ainsi que les collectivités « mais surtout la population » dans le respect des règles éthiques.

Les signataires notent que cette transformation numérique est certes technique mais aussi sociale « car elle réinvente un nouveau lien entre l’hôpital public et les citoyens par des outils concrets comme le pass médical partagé numérique et un espace de télé expertise professionnelle ville/ hôpital ».

Proposition 5 : un acteur majeur de la recherche en santé coordonnée parl’université avec l’ensemble de ses partenaires publics et privés

  • Une recherche en soins premiers grâce au « développement exponentiel des outils numériques »

« La recherche en santé est un facteur d’innovation, de valorisation et d’attractivité pour l’hôpital public mais c’est aussi, avant tout, un accélérateur de la qualité des soins », mettent en avant les signataires. Ils estiment que cette recherche doit répondre « à de grandes questions de santé publique, en particulier par une recherche en soins premiers grâce au développement exponentiel des outils numériques ».

Ils insistent par ailleurs sur le fait que la recherche en santé doit répondre « à des règles de rigueur et des principes éthiques et déontologiques qui en assure l’intégrité ».

  • Un écosystème territorial rassemblant des industriels de la santé et du numérique

L’une des sous-propositions de ce manifeste est de mettre en place au sein du CHU une gouvernance universitaire de la recherche « simplifiée et adaptée à ses missions assurées au nom de l’université par le doyen de santé ou son représentant ». Il doit être, selon les signataires, « un coordinateur en réseau avec les autres établissements et les autres partenaires d’un écosystème territorial rassemblant des industriels de la santé et du numérique ».

Ils soulignent le rôle territorial du CHU, « stratégique pour construire des réseaux de recherche et faire émerger de jeunes équipes et de jeunes talents ». L’objectif est de construire, avec l’université et les EPSTEPSTÉtablissement public à caractère scientifique et technologique, une stratégie de recherche territoriale en santé favorisant la recherche clinique « notamment dans le domaine des soins premiers par des cohortes et des données de santé ».

Ils suggèrent que cette stratégie soit pilotée par une instance territoriale hospitalo-universitaire « dotée d’une autorité décisionnelle qui casse la dichotomie entre université et hôpital en associant prioritairement à la démarche les centres hospitaliers et d’autres établissements comme les centres de lutte contre le cancer et le cas échéant des maisons de santé universitaires pluri-professionnelles ».

Proposition 6 : un espace d’excellence destiné à renforcer une créativité multi-partenariale pour une innovation accessible à tous

  • Stratégie d’innovation : une construction avec l’industrie du médicament, des DM et du numérique (IA) et au-delà

Les signataires estiment que la stratégie d’innovation doit se construire par des partenariats public / public et public / privé « avec l’industrie du médicament, des dispositifs médicaux et du numérique (IA), mais aussi au-delà (agro-alimentaire, biotechnologie, environnement) ».

Proposition 7 : un centre de formation et de sensibilisation aux problèmes de santé publique pour tous les acteurs de la santé coordonné par l’université

  • Revoir la stratégie de formation face, entre autres, à l’accélération des outils de formation numérique

« L’accélération des connaissances et la sophistication des moyens techniques et des outils de formation numériques (comme les centres de simulation) justifie une stratégie de formation capable de répondre aux besoins de l’offre de soins de demain, souligne les signataires. Cet engagement requiert des investissements importants qui doivent être partagés par l’hôpital et l’université avec l’appui des collectivités. »

Fin
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