Covid-19 : la DNS souhaite accélérer la mise en œuvre de la feuille de route du numérique en santé
Paris - Publié le lundi 15 juin 2020 à 14 h 54 - n° 11127 L’épidémie de Covid-19 a « permis de conforter, si besoin était, la pertinence de la feuille de route [du numérique en santé et] la nécessaire accélération de sa mise en œuvre par les acteurs publics et privés », affirme la Délégation ministérielle du numérique en santéDélégation ministérielle du numérique en santéDélégation ministérielle du numérique en santé (DNS) dans un dossier de presse diffusé le 12 juin 2020 à l’occasion d’un point presse organisé en présence de Dominique PonDominique PonDominique Pon et de Laura LétourneauLaura LétourneauLaura Létourneau (respectivement responsable et déléguée interministérielle au numérique en santé) sous le titre « Mobilisation de l’écosystème et initiatives numériques portées par l’État dans le cadre du Covid-19 ».La DNS salue la « mobilisation exceptionnelle des agents publics et de leurs partenaires » constatée lors de la crise sanitaire, soulignant que ceux-ci ont :
• construit les grands SISISystème d’Information indispensables à la gestion de crise « en des temps record » ;
• développé des services numériques à destination des citoyens et des soignants « en permettant à tous de réutiliser les contenus et algorithmes sous-jacents » ;
• animé l’écosystème pour « créer les synergies nécessaires et décupler les bénéfices » du numérique en santé.
Dans cet article, Health & Tech Intelligence fait le point sur l'état d’avancement de la feuille de route et les principales annonces de la Délégation, qui indique notamment que « malgré l’accélération à marche forcée [constatée], le virage numérique était encore à mi-chemin au déclenchement de la crise Covid-19 » : plusieurs actions auraient pu selon elle « être fluidifiées ou même entreprises [avec] davantage de maturité ».
Sidep, un « exploit » accompli « dans des délais extrêmement courts »
La Délégation ministérielle du numérique en santé (DNS) salue « l’exploit fantastique » que constitue selon elle le dispositif Sidep, « monté en quatre semaines » et vrai partenariat public-privé à des fins de santé : en temps normal, un projet de ce type « dure plutôt 3 ans voire plus, coûte beaucoup plus cher et souvent ne marche pas a la fin », souligne la DNS.
Près de 5 000 laboratoires de biologie médicale connectés
Opérationnel depuis le 13 mai 2020, Sidep collecte aujourd’hui « de façon quasi-exhaustive tous les résultats d’examen », avec près de 5 000 laboratoires de biologie médicale, publics et privés, connectés. « Quelque 1 000 000 examens RT-PCR ont été remontés pendant le premier mois du traitement, avance la Délégation. Chaque jour, c’est environ la moitié des enquêtes [sanitaires] qui n’auraient pas pu démarrer à temps sans Sidep. »
Plus de 100 personnes mobilisées pour le projet
La DNS indique que le projet Sidep a réuni « plus de 100 personnes, qui ont dû être mobilisées dans des délais extrêmement courts », et que les structures « particulièrement impliquées » ont été :
- l’Agence du numérique en santéAgence du numérique en santé (ex Asip Santé) (ANS) ;
- Santé Publique FranceSanté publique France ;
- la Société française d’informatique de laboratoireSociété Française d'Informatique de Laboratoire (Sfil) ;
- les sociétés Mips, DedalusDedalus, EnovacomEnovacom, et Cap GeminiCapgemini ;
- l’association Interop’SantéInterop'Santé.
Une « task force » pour rassembler et chaîner les données Covid
Une « task force data vs. Covid » a été mise en place en mars, réunissant « plus d’une centaine de personnalités » pour que « l’ensemble des données d’intérêt [soient] le plus rapidement possible rassemblées, chaînées et mises à disposition des porteurs de projets [de manière] sécurisée et décloisonnée », souligne par ailleurs la Délégation du numérique en santé.
Les membres de la task force étaient répartis en 3 groupes de travail thématiques, respectivement consacrés :
- à « la modélisation de la diffusion de l’épidémie et [à] la stratégie de déconfinement » ;
- aux « données de vraie vie : identification des populations à risque, pharmaco-épidémiologie, aide au diagnostic et stratégies de prise en charge » ;
- au « suivi des patients non-malades du Covid ».
Une dizaine de projets identifiés devraient être suivis dans la durée par le Health Data Hub
20 ateliers de travail thématiques organisés par la task force ont ainsi permis d’identifier plus de 400 initiatives d’acteurs publics et privés. « Une dizaine » de ces projets, repérés dans le cadre des ateliers, ont « fait l’objet d’un suivi renforcé » et « ont vocation à être suivis dans la durée par le Health Data HubHealth Data Hub », indique la DNS.
Le Health Data Hub en support de projets Covid-19
La DNS cite 8 « initiatives prioritaires » dont les acteurs bénéficient d’un accompagnement par le Health Data Hub pour « le cadrage [des] projets » et « l’identification de données à mobiliser » .
Ces projets ont été rendus possibles par l’arrêté du 21 avril 2020, autorisant la plateforme à « recevoir » de façon anticipée 10 catégories de données à caractère personnel.
Les initiatives citées sont les suivantes :
- la mise en place d’une plateforme centralisée de données de médecine de ville ;
- l’utilisation d’approches d’intelligence artificielle (IA) pour « améliorer le diagnostic du Covid-19 grave à partir des scanners thoraciques et tests RT-PCR ((tests virologiques) » ;
- l’utilisation d’approches d’IA pour « identifier les profils à risque de développer un Covid-19 grave » en fouillant les données de l’Assurance maladieCaisse nationale d'assurance maladie permettant « l’analyse des parcours de soins antérieurs des personnes hospitalisées en mars » ;
- l’analyse à partir des données précitées, des parcours de soins des personnes hospitalisées « notamment en termes de complications ou de consommation de soin » ;
- la recherche à partir des mêmes données des « signaux faibles d’efficacité de certaines molécules » : il s’agira de déterminer « si les populations prenant des traitements au long cours développent plus ou moins le Covid-19 que d’autres » ;
- le chaînage de ces données avec des données hospitalières, « notamment celles de l’AP-HPAssistance Publique – Hôpitaux de Paris et d’établissements du Grand Est », pour analyser de façon plus fine « les caractéristiques de la pathologie dans sa forme la plus grave » ou « l’efficacité des prises en charge »
- le rapprochement de « diverses sources de données administratives relatives aux EhpadEhpadEtablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantess » pour analyser la surmortalité et l’impact de la crise sanitaire sur l’autonomie des résidents ;
- le rapprochement des sources de données de santé et sociales pour l’analyse des inégalités sociales dans le contexte de la pandémie.
ROR, MaPUI.fr et Si-vic : un déploiement bien avancé
ROR : plus de 1 000 connexions quotidiennes en Île-de-France
« Plus de 1 000 connexions quotidiennes ont été constatées en Île-de-France durant la crise pour connaitre l’offre et les disponibilités », note la DNS. « Déployé sur l’ensemble du territoire », ce outil a ainsi constitué « une source d’information unique et partagée entre les établissements, les ARSARSAgence régionale de santé et le national pour le suivi des tensions hospitalières », commente-t-elle.
« D’ici 2022, il est prévu de développer un ROR centralisé qui permettra de disposer d’une base de données unique, facilitant ainsi leur remontée et leur traitement », rappelle la Délégation.
MaPUI.fr : un déploiement dans toutes les régions en avril
L’outil de suivi MaPUI.fr (Ma pharmacie à usage intérieur) a été déployé dans toutes les régions entre le 2 et le 8 avril 2020 pour suivre les stocks de médicaments des établissements et répondre aux « tensions d’approvisionnement extrêmement fortes » constatées pour 5 molécules nécessaires à la prise en charge des patients atteints du Covid-19.
Au 20 mai 2020, « près de 700 PUIPUIPharmacie à Usage Intérieur alimentaient quotidiennement la plateforme ».
Si-vic : l’outil a été déployé dans « la quasi-totalité des établissements hospitaliers de France »
L’outil Si-vic, créé en 2016 à la suite des attentats de Paris pour le suivi des victimes d’attentats ou de situations sanitaires exceptionnelles, a été déployé dans « la quasi-totalité des établissements hospitaliers de France », note la DNS.
Conçu pour gérer « entre 5 et 8 000 dossiers patients saisis par évènement », il a dû faire l’objet de développements en vue d’une montée en charge pour recenser davantage de patients.
Un virage numérique encore « à mi-chemin »
« Malgré cette accélération à marche forcée, le virage numérique [était] encore à mi-chemin au déclenchement de la crise Covid-19 », souligne la Délégation ministérielle du numérique en santé, jugeant que « nombre d’actions auraient pu être fluidifiées ou même entreprises [avec] davantage de maturité » :
Un Espace numérique de santé (ENS) déjà déployé aurait pu permettre :
- pour l’administration, d’« informer chaque citoyen de façon proactive sur la conduite à tenir au fil de l’eau » et de « référencer toutes les applications utiles et fiables, notamment en télé-consultation » ;
- pour le citoyen, de stocker son résultat de test dans son dossier médical, et de recevoir par messagerie sécurisée un questionnaire lui permettant d’identifier les personnes avec qui il a été en contact lorsqu’il était contagieux et ainsi « préparer au mieux l’appel de son médecin en charge de l’enquête sanitaire ».
Le présence non systématique de l’INS complique le travail de la Cnam et des ARS (Sidep)
La DNS constate que « la présence non systématique » de l’Identifiant national de santé (INS), chargé d’identifier de façon fiable un patient, complique actuellement le travail des agents habilités (de l’Assurance maladie et des ARS) chargés de s’assurer que « tous les patients dans Sidep ont fait l’objet d’une prise en charge par le médecin dans Contact Covid ».
Un INS déjà généralisé aurait également permis de « chaîner les données pseudonymisées » de Si-vic et de Psig, le Portail des signalements des évènements sanitaires indésirables de l’ANS, et donc de « réaliser un suivi épidémiologique permettant de connaitre le nombre de transferts d’EhpadEhpadEtablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes vers l’hôpital ».
Si le CI-SIS avait été respecté dans tous les logiciels, la concentration des résultats dans Sidep aurait été plus simple
La Délégation relève également que « si le CI-SISCI-SISCadre d’interopérabilité des systèmes d’information de santé avait été respecté dans tous les logiciels », notamment ceux des laboratoires de biologie, il aurait été « moins complexe et moins coûteux » d’organiser la concentration des résultats dans Sidep.
Les équipes ont été contraintes d’utiliser la norme d’interopérabilité « vieillissante » HPRIM médecin 3.0, qui « ne sait pas transporter le code LOINC, code de l’analyse de biologie ».
Délégation ministérielle du numérique en santé
• Activité : pilote l’ensemble des chantiers de transformation numérique, assure un pilotage resserré de l’Agence du numérique en santé (ANS, ex Asip Santé), dont la mission est centrée sur la mise en œuvre opérationnelle de la politique du numérique en santé
• Rattachée directement au ministre des Solidarités et de la Santé
