Covid-19 : l’ANSM alerte quant à la vente en ligne de faux remèdes contre le coronavirus
Paris - Publié le lundi 25 mai 2020 à 16 h 10 - n° 10997 Au cours de la pandémie de Covid-19 actuelle, des produits de santé soi-disant efficaces contre le coronavirus sont vendus sur internet par des pharmacies en ligne frauduleuses. C’est ce qu’affirme l'Agence nationale de la sécurité des médicaments (ANSM)Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santéAgence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé sur son site internet dans une publication émise dès le 4 mai 2020.L’ANSM alerte les consommateurs français en particulier sur la commercialisation de préparations anti-Covid-19 à base d’une plante, l’armoise naturelle (Artemisia annua), n’ayant pas fait preuve de leur efficacité dans le traitement des infections à SARS-CoV-2. La vente en ligne de tels remèdes s’inscrit dans le contexte d’une multiplication des arnaques en ligne depuis le début de la pandémie de coronavirus.
La vente de telles préparations relève par ailleurs d’un problème plus ancien devenu mondial : celui de la commercialisation sur internet de médicaments non homologués (c’est-à-dire de produits n’ayant pas reçu d’autorisations de mise sur le marché (AMM), falsifiés ou contrefaits).
Ainsi, l’agence rappelle que seuls les produits de santé ayant reçu une AMM et pouvant être dispensés sans ordonnance ont la possibilité d'être vendus en ligne par les pharmacies françaises autorisées (dont la liste est disponible sur le site internet de l'Ordre des pharmaciensOrdre des pharmaciensOrdre des pharmaciens) : en France, afin de protéger au mieux les patients, la vente en ligne de médicaments est une activité très réglementée.
Pendant l’épidémie, vente en ligne de faux remèdes contre le Covid-19
La pandémie de Covid-19 s’accompagne d’une prolifération des des arnaques
Le contexte pandémique apparaît fortement marqué par la multiplication d’arnaques en lien avec le Covid-19. En effet, le 20 avril 2020, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)DIrection générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes dressait sur son site internet une liste d’arnaques fréquentes exploitant l’angoisse des populations vis-à-vis de la maladie infectieuse causée par le nouveau coronavirus baptisé SARS-CoV-2.
Parmi ces pratiques commerciales trompeuses figurent notamment :
- la vente de « kits de confinement », semblant émaner d’entités étatiques et comprenant des masques, du gel hydroalcoolique, des thermomètres et autres dispositifs médicaux ;
- des offres relatives à des services de dépistage (kits de dépistage vendus sur internet, prélèvements envoyés par voie postale), etc. ;
- des offres relatives à des services de décontamination des logements privés ;
- la vente de vaccins, d’aliments, de purificateurs d’air, de lampes, de compléments alimentaires, d’huiles essentielles, etc. permettant de lutter contre le Covid-19 en particulier par des sites internet frauduleux. Aucun vaccin ou traitement de cette maladie émergente n’ayant pour le moment été développé, la vente de ce type de produits relève du charlatanisme.
- La vente de médicaments destinés au traitement d’autres maladies telles que le VIH ou le paludisme et qui font l’objet de recherches dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus « n’est possible que sur prescription médicale et en pharmacie », rappelle par ailleurs la DGCCRF : « acquérir ces médicaments en ligne est illégal et peut […] exposer à des risques graves pour votre santé (effets indésirables voire faux médicaments », insiste la direction générale de la concurrence. La vente en ligne de paracétamol ayant été suspendue, les annonces proposant ce médicament apparaissent donc frauduleuses, souligne enfin la Direction de la répression des fraudes.
Vente de faux remèdes sur des sites internet non autorisés
Dans ce contexte, l’ANSM alerte « toute personne souhaitant acheter des produits vendus sur Internet présentés comme pouvant guérir ou prévenir l’infection à Covid-19 » sur le caractère inefficace voire dangereux de ces produits.
« Seul le circuit des pharmacies d’officine et de leurs sites Internet autorisés pour la vente en ligne de médicaments, régulièrement contrôlés par les autorités sanitaires, apportent des garanties sur les médicaments achetés », rappelle l’agence : la qualité et la sécurité des produits achetés sur un site non autorisé ne sont pas garanties. Et ce notamment dans la mesure ou les médicaments falsifiés ou contrefaits circulent largement sur internet.
Le cas de préparations contenant de l’Artemisia annua
L’ANSM met notamment les consommateurs en garde contre les produits (plantes sèches, décoctions, tisanes ou gélules) présentés comme contenant de l’Artemisia annua (armoise naturelle) : si ces produits sont souvent présentés comme présentant des vertus thérapeutiques contre le Covid-19, « le recours à ce type de produits en automédication peut présenter un danger pour la santé », prévient l’agence.
En effet, bien que certaines des préparations réalisées à partir de cette plante soient officiellement commercialisées dans certains pays comme Madagascar, elles n’ont pour le moment pas montré d’efficacité au cours d’essais cliniques menés selon les standards nécessaires pour obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.
« Nous rappelons que cette plante a auparavant fait l’objet du même type de message sur de prétendues vertus thérapeutiques contre le paludisme. Là encore, la preuve de son efficacité n’a pas été démontrée et des personnes en ayant pris ont développé des formes graves de paludisme lors d’un séjour à l’étranger. Nous avions dans ce cadre interdit à plusieurs opérateurs de commercialiser des produits contenant de l’Artemisia annua en 2015 et 2017 », rappelle l’ANSM.
Le rôle de l’ANSM pendant la pandémie de Covid-1
Le rôle de l’ANSM pendant la pandémie de Covid-1
Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le rôle de l’ANSM ne s’arrête pas au contrôle de la sécurité des produits de santé utilisés par les patients français.
• Si un dispositif spécifique de surveillance renforcée des traitements utilisés par les patients touchés par le coronavirus a été mis en place, l’agence surveille également la disponibilité des médicaments mis sur le marché français :
« Nous avons mis en place une cellule dédiée afin d’anticiper et de gérer les éventuelles tensions d’approvisionnement », indique l’ANSM.
• Cette institution accompagne par ailleurs les sociétés qui développent des solutions innovantes de fabrication de matériel médical, et ce « pour compléter les sources d’approvisionnement traditionnelles et permettre aux services de soins de disposer de suffisamment de matériel », explique l’agence.
• En outre, l’ANSM encadre les essais cliniques portant sur des candidats-traitements du Covid-19.
En toile de fond, le problème de la vente en ligne de médicaments non homologués ou falsifiés
Cette alerte de l’ANSM s’inscrit dans le contexte plus global de la lutte contre des médicaments de mauvaise qualité (non autorisés, falsifiés ou contrefaits) sur internet. En effet, la pandémie de Covid-19 n’a pas créé la vente en ligne de produits de santé non homologués : elle a seulement renforcé ce phénomène préexistant.
Vente de produits médicaux non homologués sur internet
« Les sites non réglementés fournissant des médicaments, en particulier ceux qui dissimulent leur adresse physique ou leur numéro de téléphone fixe sont fréquemment à l’origine de produits médicaux non homologués, de qualité inférieure et falsifiés », indiquait dès la fin de l’année 2018 l’Organisation mondiale de la santé (OMS)Organisation mondiale de la santé sur son site internet.
Environ 1 an avant l’émergence du SARS-CoV-2, l’OMS invitait en effet déjà les consommateurs à faire preuve de vigilance devant :
- les spams publicitaires pour des médicaments ;
- toute absence de logo de vérification, de certificat, d’adresse physique ou de numéro de téléphone fixe valide sur les sites internet de vente de médicaments ;
- des conditionnements sales ou non accompagnés d’une notice d’information dans la langue de commande, des conditionnements aux sceaux de sécurité altérés, des conditionnements aux numéros de lots et dates d’expiration non cohérents, des conditionnements présentant des fautes d’orthographe ou de grammaire ;
- toute plateforme de vente proposant sans ordonnance des médicaments sur ordonnance uniquement ;
- tout produit de santé vendu à un prix étrangement bas ;
- tout médicament à l’aspect, la texture ou l’odeur inhabituelle.
Impact mondial de la vente de médicaments non homologués
C’est que d’après l’OMS, la vente de médicaments non homologués est devenue un problème mondial. « Aucun pays n’est à l’abri du problème, de l’Amérique du Nord ou l’Europe à l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. Ce que l’on a considéré autrefois comme un problème dans les pays en développement ou à faible revenu concerne désormais tout le monde », insiste l’organisation.
Si la croissance de la « connectivité à internet » apparaît comme le premier élément susceptible d’avoir facilité le commerce de produits de santé de qualité inférieure, falsifiés et n’ayant pas reçu d’autorisations de mise sur le marché, le renforcement d’une culture de l’auto-diagnostic et de l’automédication aurait également participé à ce phénomène.
Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé
■ Créée par la loi du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire des médicaments et des produits de santé
■ Dirigée par Christelle Ratignier-Carbonneil (intérim).
■ Placée sous la tutelle du ministère de la Santé
■ A pour mission de garantir la sécurité des produits de santé tout au long de leur cycle de vie
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