Covid-19 : En quoi consiste la politique de dépistage de masse menée à Wuhan (Chine) ?
Paris - Publié le mercredi 20 mai 2020 à 16 h 27 - n° 10983 Wuhan, épicentre de la pandémie de Covid-19 (province de Hubei, Chine centrale), s’organise depuis le 14 mai 2020 comme un immense centre de dépistage.La ville chinoise a mise en place une quarantaine du 23 janvier au 8 avril. Face à la découverte de nouveaux cas (6 sur deux jours les 10 et 11 mai), elle a annoncé le lancement d’une campagne de dépistage gratuit de ses 11 millions d’habitants en 10 jours, avec en particulier pour objectif d’identifier et de traiter les porteurs silencieux (asymptomatiques) du virus.
Ainsi, tous les districts de la mégalopole (13 au total) ont reçu pour ordre de déposer leurs plans de dépistage massif le 12 mai avant midi. Un dispositif que certains experts jugent difficile à mettre en place à si grande échelle et dans une période aussi restreinte, même si un pourcentage important de la population - 3 à 5 millions de personnes - a déjà été testé depuis avril.
Dans cet article, Health & Tech Intelligence présente la méthodologie adoptée par la ville, qui repose en partie sur une utilisation d’outils numériques pour informer les citoyens plus facilement mais aussi pour stocker les résultats des tests.
Tous les résultats sont stockés dans un système informatique indépendant
La mise en place du dépistage massif à Wuhan. - © DR - extrait d'une vidéo transmise à H&TI par une habitante
La technique utilisée dans le cadre de cette campagne de dépistage massif est une recherche d’acide nucléique, réalisée à partir d’un prélèvement dans la gorge. Ces prélèvements sont organisés par les districts et sont généralement effectués par les centres de services de santé communautaire (hôpitaux de canton) et les hôpitaux, mais aussi dans la rue, en plein air, sous tente. Une formation spécialisée est dispensée au personnel d'échantillonnage sélectionné.
Une population informée par SMS ou site internet
Les personnes sont régulièrement informées sur cette campagne par SMS, et un site internet transmet des questions et réponses pour informer les habitants sur le mode de prélèvement.
Des autorisations strictes pour accéder aux résultats afin d’assurer la sécurité des données privées
Tous les résultats des tests sont collectés et stockés dans un système dédié indépendant, avec des autorisations strictes pour se connecter. L’accès des utilisateurs est étroitement surveillé pour assurer la sécurité des informations personnelles des résidents.
Les habitants testés positifs sont prévenus par les comités de quartier.
12 groupes à risque testés en priorité
Les citoyens doivent se rendre au point d'échantillonnage de la communauté où ils vivent pour réaliser le dépistage. - © DR - extrait d'une vidéo transmise à H&TI par une habitante
La campagne de dépistage cible tous les habitants (pas de test pour les enfants de moins de 6 ans), en particulier les personnes habitant les zones à risque (avec une population dense ou les zones anciennement infectées) et celles n’ayant pas encore été testées. Seront testés en priorité 12 groupes à risque, comme les personnes âgées, les travailleurs migrants, le personnel hospitalier et les professeurs. Les résidents étrangers sont également invités à passer les tests.
Selon le principe de territorialisation, les résidents doivent se rendre au point d'échantillonnage de la communauté où ils vivent pour prélever des échantillons. Ils doivent prendre un rendez-vous pour réaliser le dépistage et se présenter munis de leur carte d’identité, de leur certificat d’enregistrement ou de tout autre document d’identité valide. Les résidents à mobilité réduite peuvent contacter la communauté pour que le prélèvement des échantillons soit organisé par un personnel dédié.
Pour aller plus loin :
- pour avoir un aperçu de l’organisation inédite déployée au sein de la ville, télécharger ici et ici les courtes vidéos transmises à H&TI par une habitante de Wuhan.
Premiers retours : un casse-tête pour les comités de quartier
L’organisation d’une telle opération est un véritable casse-tête pour les comités de quartier. De longues files d’attente sont observées, favorisant d’éventuelles contaminations.
« la capacité quotidienne de dépistage de la ville devrait encore être multipliée par sept »
Un autre enjeu réside dans le nombre de tests à réaliser : « Pour mener à bien cette campagne, il faudrait procéder au dépistage de 730 000 personnes supplémentaires toutes les 24 heures, souligne Le vent de la chine, newsletter hebdomadaire d’analyse de l’actualité économique, politique et sociétale chinoise. Pour ce faire, la capacité quotidienne de dépistage de la ville, actuellement de 100 000 tests par jour, devrait encore être multipliée par sept ! Le premier jour de la campagne le 13 mai, seules 67 026 personnes étaient testées, 72 791 le lendemain, puis 115,609 le surlendemain, 222 675 le 16 mai et 335 887 le 17 mai permettant de détecter… 28 nouveaux cas asymptomatiques. Quotidiennement, la Chine entière produit désormais 9 millions de tests, 11 fois plus qu’en janvier. »
Un dépistage coûteux et inefficace ?
Selon Wu Zunyou, expert du Centre national pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) cité notamment par Le Monde et Ouest-France, un tel dépistage est coûteux (au moins 1 milliard de yuans, soit environ 128,6 millions d’euros) et inefficace : les personnes pourront toujours être contaminées après l’examen, relève-t-il.
Par ailleurs, reste le problème de la fiabilité des tests qui n’est pas de 100 %. Pour rappel, aucun test disponible sur le marché n’est fiable à 100 %.
