Covid-19 : Israël utilise plusieurs outils de « tracing » et les rend disponibles en open source
Paris - Publié le lundi 4 mai 2020 à 17 h 25 - n° 10902 Recouper les trajets de personnes infectées par le Covid-19 avec ceux des usagers de l’application : c’est le principe de Hamagen (« the shield » en anglais, « le bouclier » en français), une application mobile lancée en mars 2020 par le ministère de la Santé israélien pour limiter la propagation du coronavirus. L’outil a été présenté à l’occasion d’un webinar organisé par le ministère le 30 avril sous le titre « Contrôle technologique de la pandémie de Covid-19 », et auquel Health & Tech Intelligence a assisté.Autre outil mis en avant lors de cette session : un système permettant d’identifier de manière visuelle (cartographies, schémas…) les chaînes de transmission du virus. L’outil, une application web, est porté par le département « information technology » du ministère de la Santé, mobilisé dans le cadre de la pandémie pour exploiter les big data au service de la lutte contre le coronavirus.
Ces deux solutions numériques sont disponibles en open source (accès libre) afin d’inviter les gouvernements d’autres pays à les exploiter, après une adaptation au contexte local et à la politique nationale.
En dehors de ces applications, d’autres outils sont utilisés par le Gouvernement israélien, dont la stratégie de lutte contre le Covid-19 repose en grande partie sur le numérique. À noter notamment la mise en place d’un auto-questionnaire en ligne obligatoire pour toute personne revenant de l'étranger et la plateforme Coronaisrael.org, un système de détection précoce des foyers épidémiques fonctionnant sur la base d’un questionnaire détaillé réalisé auprès des citoyens.
Au 29 avril 2020, Israël comptait 15 782 cas de Covid-19, avec un taux de décès de 1,3 % (212 décès).
Éléments centraux de la réponse apportée par les autorités sanitaires israélienne face à la pandémie :
• restrictions au niveau des frontières mises en place précocement ;
• mise à niveau rapide des capacités de test ;
• mesures de distanciation sociale mises en place précocement ;
• identification précoce des cas, avec un isolement des cas et des « contacts étroits » ;
• enquêtes épidémiologiques réalisées rapidement à grande échelle ;
• publication de lignes directrices, de règlements et autres mesures législatives (arrêtés).
Un auto-questionnaire en ligne pour les personnes revenant de l'étranger
Sur le site du ministère de la Santé, un auto-questionnaire en ligne doit être obligatoirement rempli par les personnes revenant d’un séjour à l'étranger, avec la réalisation :
- d’un rapport sur l’isolement des voyageurs à l’international ;
- d’un rapport sur l’isolement à domicile des personnes ayant été en contact avec un patient Covid-19.
Hamagen : une appli qui recoupe les trajets des malades avec ceux des utilisateurs
Présentation de l’application Hamagen - © D.R.
Hamagen (« the shield » en anglais, « le bouclier » en français) est une application lancée par le ministère de la Santé israélien en mars avec pour objectifs :
- de limiter la propagation du Covid-19 ;
- d’indiquer à l’utilisateur s’il a pu être exposé à un cas de coronavirus (contact avec un patient testé positif) ;
- de minimiser la probabilité d’infection ;
- d’encourager l’isolement (confinement).
Concrètement, l’application compare la géolocalisation de l’utilisateur à celle des patients infectés. Lorsqu’il y a un « match » entre les deux, l’utilisateur reçoit un lien du ministère lui indiquant la marche à suivre, par exemple la procédure de dépistage.
Hamagen permet aussi aux citoyens d’anticiper leur trajet en évitant les lieux trop exposés au virus.
1 million de téléchargements moins d’une semaine après le lancement de la solution
Basé sur le principe du volontariat, l’outil rencontre un certain succès auprès de la population en termes d’utilisation :
- plus d'1 million de téléchargements (App Store et Google Play) moins d’une semaine après son lancement, le 22 mars 2020 ;
- plus d'1,5 million de téléchargements au total, soit plus de plus de 23 % des propriétaires potentiels de smartphones
Un outil reposant sur le principe de confiance
Afin de gagner la confiance des citoyens, le ministère de la Santé israélien a tenu à respecter les 3 principes suivants :
- disponibilité de l’outil en open source ;
- une utilisation reposant sur le volontariat (pas d’obligation de téléchargement) ;
- un respect de la vie privée : les données de localisation sont uniquement disponibles sur l’appareil de l’utilisateur.
L’application repose :
- sur un téléchargement, sur la base du volontariat, des itinéraires du patient Covid-19 diagnostiqué sur les serveurs du ministère de la Santé, afin d’améliorer le processus d’enquête épidémiologique ;
- sur une utilisation du Bluetooth Low Energy (BLE, Bluetooth à basse consommation), pour une notification précise de l’exposition (plus précis et sécurisé que le wifi).
Schéma d’architecture de l’application :
Un outil disponible en open source pour faciliter son exploitation par d’autres pays
L’ensemble de l’application est disponible en open source afin de permettre son utilisation par d’autres pays :
- le code open source est disponible ici sur la plateforme GitHub ;
- un ajustement de l’architecture est nécessaire en fonction des réglementation et des politiques locales, notamment concernant les problématiques liées à la privatisation des données ;
- le ministère insiste sur l’importance de créer la bonne expérience utilisateur, en tenant compte des différences culturelles et de la psychologie comportementale.
Polémique sur les questions relatives à la vie privée : le ministère rassure
Polémique sur les questions relatives à la vie privée : le ministère rassure
Si l’application Hamagen a été téléchargée assez massivement, elle a aussi fait l’objet de critiques, certains usagers craignant une entrave à la vie privé voire un contrôle à distance de la population par l’État.
La solution a en effet été lancée peu de temps après une controverse au sein du pays sur le recours par les services de renseignements intérieurs (le Shin Beth) à des mesures antiterroristes permettant de suivre les téléphones portables de personnes infectées par le Covid-19 ou soupçonnées de l'être.
Le ministère rassure la population en expliquant que l’application n’a pas de lien avec ces mesures antiterroristes et que l’anonymat des utilisateurs est préservé. Pour gagner la confiance de la population, le ministère mise sur la transparence : la solution est disponible en open source (n’importe qui peut y avoir accès) et une équipe assure un suivi auprès des usagers, notamment sur les réseaux sociaux, en répondant aux diverses questions de ces derniers, qu’elles soient d’ordre technique ou éthique.
Une appli web pour identifier les chaînes de transmission via le big data
Un suivi possible du virus par zone géographique - © Information technology department, ministry of Health, Israel
La division « information technology » du ministère de la Santé israélien est mobilisée dans le cadre de la pandémie pour exploiter les big data au service de la lutte contre le Covid-19.
Sa mission est d’assister le département de santé publique d’Israël à surveiller l'épidémie à travers :
- une représentation visuelle des données : identification des chaînes de transmission par pays (exemple : contaminations au sein du pays par un touriste provenant de France), par date, par tranche d'âge, etc. ;
- une validation des données de l’enquête épidémiologique réalisée par les autorités en exposant des cas inexpliqués.
Défi : casser les silos de données et enrichir l’information
L’application web proposée repose sur une exploitation d’un volume important de datas, des données qui peuvent parfois s’avérer complexes à analyser.
- Des données incohérentes : les données varient d’une enquête épidémiologique à l’autre et ne sont pas toujours cohérentes ;
- l’importance d’une représentation visuelle qui a du sens : la représentation visuelle des données est essentielle à la prise de décision, insiste la division « information technology » du ministère.
« Aucune identification directe des personnes n’est possible, indique-t-elle par ailleurs. Vous ne pouvez pas identifier une personne par le bais de notre outil. »
3 équipes dédiées :
- la « visual team » : améliore l’aspect visuel et les fonctionnalités de l’application ;
- la « data quality assurance team » : identifie les « angles morts » des données pour une meilleure compréhension et analyse des datas recueillies ;
- l'« AI Team » : travaille sur des algorithmes de machine learning (apprentissage automatique) pour améliorer les performances de l’outil.
Un outil disponible en open source pour faciliter son exploitation par d’autres pays
L’ensemble de la solution est disponible en open source afin de permettre son utilisation par d’autres pays :
- le code open source est disponible ici sur la plateforme GitHub ;
- un ajustement de l’architecture est nécessaire en fonction de la réglementation et politique locales, y compris des outils de gestion des pandémies ;
- la division du ministère insiste par ailleurs l’importance d’une visualisation des données adaptée en créant un rendu visuel adapté et clair.
Healthcare Israel invite à la collaboration entre gouvernements
Healthcare Israel a été créé par le ministère israélien de la Santé en 2016 pour permettre une collaboration avec d’autres gouvernements afin d'échanger innovations, technologies et expertises en matière de soins.
L’instance propose son aide aux gouvernements étrangers pour faire évoluer leur outils de santé numériques :
- en contactant l’attaché économique de l’ambassade d’Israël ;
- en contactant Healthcare Israel : Amir Gilboa, digital health director, amir.gilboa@healthcare-israel.gov.il.
Et aussi : Coronaisrael.org, un système de détection précoce des foyers épidémiques
Application web - © Weizmann Institute
Les chercheurs de l’Institut des Sciences Weizmann, en collaboration avec les autorités sanitaires israéliennes, travaillent en continu sur une cartographie de la propagation du Covid-19 par le biais de la plateforme Coronaisrael.org, accessible via ce lien.
Sur la base d’un questionnaire à remplir par les citoyens de manière anonyme (nom, prénom et adresse précise ne sont pas demandés), ils prédisent et localisent les foyers épidémiques, en évaluant le nombre de personnes qui ont développé des symptômes dans chaque zone.
Pour un fonctionnement optimal, il est demandé aux utilisateurs de remplir le questionnaire une fois par jour, et ce pour chaque membre de la famille. « Il est important que même ceux qui se sentent bien et qui n’ont développé aucun symptôme remplissent le questionnaire », est-il indiqué sur la page de présentation.
De manière synthétique, l’application permet :
- d’obtenir une carte en temps réel des régions à risque élevé, au niveau des villes et des quartiers ;
- une prévision des zones où le virus se répand quelques jours avant l’apparition de l'épidémie ;
- d'évaluer l’efficacité du confinement des personnes avec symptômes ;
- une meilleure hiérarchisation des individus à tester par le biais d’une prédiction personnelle.
