Début

Covid-19 : les mesures post confinement se dessinent, l’application StopCovid à l'étude (E. Macron)

Paris - Publié le mardi 14 avril 2020 à 11 h 18 - n° 10788 « Pour accompagner cette phase [de sortie du confinement], plusieurs innovations font l’objet de travaux avec certains de nos partenaires européens, comme une application numérique dédiée qui, sur la base du volontariat et de l’anonymat, permettra de savoir si, oui ou non, l’on s’est trouvé en contact avec une personne contaminée. » Lors d’une nouvelle allocution (PDF), le président de la République Emmanuel MacronEmmanuel Macron a annoncé le 13 avril 2020 le prolongement du confinement au moins jusqu’au 11 mai, date à laquelle une « organisation nouvelle » sera mise en place « pour réussir cette étape ». Parmi les mesures envisagées figure ainsi le déploiement de l’application mobile StopCovid, dont les contours ont été présentés le 8 avril par le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier VéranOlivier VéranOlivier Véran et le secrétaire d’État au Numérique Cédric OCédric OCédric O dans un entretien accordé au Monde.

« Le Gouvernement aura à y travailler, il ne faut négliger aucune piste, aucune innovation, explique le chef de l’État à propos de cet outil. Mais je souhaite qu’avant le 11 mai, nos Assemblées puissent en débattre, et que les autorités compétentes puissent nous éclairer. Cette épidémie ne saurait affaiblir notre démocratie, ni mordre sur quelques libertés. »

Lors de son discours, Emmanuel Macron a admis que la France n’avait « à l’évidence pas assez [été] préparée » à cette crise sanitaire. « Il y a eu des insuffisances comme dans tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gel hydroalcoolique, nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu, reconnaît-il. J’ai vu des ratés, il y a eu trop de lenteurs, de faiblesses dans notre logistique. Nous en tirerons les conséquences. » Le Président indique notamment qu’il faudra « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe ». Cela passera « par un plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres ». Il ajoute qu’il « faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ».

Emmanuel Macron annonce que le Gouvernement « présentera d’ici 15 jours (…) le plan de l’après 11 mai et les détails d’organisation de notre vie quotidienne ». Il prévient néanmoins qu’une sortie du confinement ne sera possible à cette date « que si nous continuons d'être civiques, responsables, de respecter les règles et que si la propagation du virus a effectivement continué à ralentir ».

Voici les premières règles qui seront mises en place à partir du 11 mai (si la sortie du confinement est confirmée à cette date) :


• les personnes les plus vulnérables, âgées, en situation de handicap sévère, atteintes de maladies chroniques, devront « rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps » ;

• réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées : en revanche, pour les étudiants en enseignement supérieur, il n’y aura « pas de cours physique jusqu’à l’été ». Le Gouvernement « précisera pour chacun la bonne organisation qui sera nécessaire, en particulier pour les examens et les concours » ;

• « les lieux rassemblant du public, restaurants, cafés et hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées, resteront en revanche fermés à ce stade » ; « les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu'à mi-juillet prochain ». La situation sera « collectivement évaluée à partir de mi-mai, chaque semaine, pour adapter les choses et vous donner de la visibilité », précise le chef de l’État ;

• les frontières de la France avec les pays non-européens « resteront fermées jusqu’à nouvel ordre » ;

• le 11 mai, « nous serons en capacité de tester toute personne ayant des symptômes [du Covid-19] », affirme Emmanuel Macron : « en lien avec les maires, l’État devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public », ajoute-t-il, précisant que « pour les professions les plus exposées et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourrait devenir systématique » ;

À noter aussi :


• le versement « sans délai d’une aide exceptionnelle aux familles les plus modestes avec enfants pour leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels » a été promis. « Les étudiants les plus précaires vivant parfois loin de leur famille, en particulier lorsque celles-ci viennent d’outre-mer seront aussi aidés », indique également le président de la République ;

• le président de la République appelle à une « refondation » européenne mais pas seulement. « Nous devons aussi savoir aider nos voisins d’Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leur dette », estime-t-il.

Aucune information n’a pas ailleurs été émise concernant les élections municipales.
Le président de la République s'est adressé une nouvelle fois aux Français le 13 avril 2020. - © Présidence de la République
Le président de la République s'est adressé une nouvelle fois aux Français le 13 avril 2020. - © Présidence de la République

StopCovid : comment va fonctionner l’appli mobile évoquée par E. Macron

Un fonctionnement qui se veut simple

  • si deux personnes qui ont installé l’application se croisent dans la rue, leur smartphone enregistre le contact par le biais de la technologie Bluetooth ;
    • si aucune des deux personnes ne présente des symptômes du Covid-19 et n’est testée positive dans les jours qui suivent, rien ne se passe ;
    • si l’une des deux est dépistée, et qu’elle transmet ses informations de santé aux autorités, la personne qui l’a croisée, et toutes celles qui sont passées par le même endroit les jours précédents, reçoivent une notification les en alertant : des mesures peuvent ensuite être prises (demande de dépistage, suivi…).

Pas de géolocalisation des utilisateurs

  • l’application est le fruit d’une initiative européenne : elle devrait ressembler au système de surveillance utilisé à Singapour :
    • Cédric O évoque la mise en place d’une « task force française » pilotée par l'InriaInria : l’application repose sur un système développé par un regroupement de chercheurs et développeurs du public et du privé au niveau européen (Pepp-PT, pour « Pan european privacy preserving-Proximity tracing »), qui regroupe des participants de 8 pays (dont l’Inria) travaillant depuis début mars sur une application commune, qui pourra ensuite être déployée par les différents pays ;
  • l’application serait installée par les citoyens qui le souhaitent (volontariat) ;
  • elle enregistrera « les références » de la personne croisée via le système Bluetooth : la solution « ne géolocalisera pas les personnes », assure Cédric O (source : Le Monde).

Les limites de l’application

  • « Le Bluetooth n’a pas été conçu pour mesurer des distances », note le secrétaire d’État au Numérique. Habituellement, le système permet uniquement aux smartphones d’identifier des appareils à proximité (enceintes, imprimantes…) :
    • la technologie permet un traçage sans exploiter les données de géolocalisation mais il faudra parvenir à la transformer en un détecteur de personnes sur une période précise et dans un périmètre précis ;
  • un manque de précision : « Il y aura vraisemblablement un certain nombre de faux positifs, car l’application ne saura pas vous dire si vous avez été dos à dos ou face à face avec une personne, ou si vous avez touché une surface contaminée », admet Cédric O ;
  • l’application reposant sur la base du volontariat, tous les Français ne l’installeront pas et tous ne disposent d’ailleurs pas d’un smartphone : selon le baromètre du numérique 2019 du Crédoc, 23 % de la population n’est pas équipée d’un smartphone :
    • « Nous travaillons sur diverses possibilités d’aide à l'équipement, ou à des alternatives aux smartphones pour ceux qui n’en disposent pas », explique Cédric O (Le Monde)  ;

StopCovid ne sera pas la solution « magique » permettant de mettre un terme à l'épidémie de Covid-19 en France après la sortie du confinement, reconnaît le secrétaire d’État mais il serait selon lui « irresponsable » de ne pas travailler au développement d’une application de traçage des personnes infectées par le Covid-19, a-t-il indiqué le 9 avril lors de son audition par plus d’une cinquantaine de députés.

Fin
loader mask
1