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Covid-19 : « l’utilisation massive des outils numériques sera importante » (S. Cauchemez, Pasteur)

Paris - Publié le vendredi 10 avril 2020 à 15 h 38 - n° 10785 C’est « de notre capacité à mettre en oeuvre un dispositif efficace d’identification des cas et de suivi des contacts » que dépendra « la décision d’atténuer ou non les mesures de distanciation sociale ». C’est ce qu’estime Simon CauchemezSimon CauchemezSimon Cauchemez, responsable de l’unité de modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’institut PasteurInstitut PasteurInstitut Pasteur et membre du conseil scientifique Covid-19 présidé par Jean-François DelfraissyJean-François DelfraissyJean-François Delfraissy, lors de son audition par la Commission des Lois de l’Assemblée nationaleAssemblée NationaleAssemblée Nationale, le 8 avril 2020. Selon lui, dans ce contexte, « l’utilisation massive des outils numériques sera importante, qu’elle soit obligatoire ou fondée sur le volontariat ».  

« Depuis vingt ans, ma spécialité consiste à étudier la propagation des virus dans les populations humaines afin de mieux anticiper ses conséquences et d’évaluer les stratégies de contrôle à adopter », rappelle le chercheur. « J’ai étudié Ebola, Zika, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) » et «   jamais nous n’avions été confrontés à une situation aussi compliquée », souligne-t-il.

Health & Tech revient dans cet article sur les éléments clés de son audition à l’Assemblée.
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Le confinement, seule stratégie efficace contre le Covid-19

« Le virus Covid-19 est très transmissible et sévère  », souligne Simon Cauchemez : « en moyenne, une personne infectée le transmet à trois personnes, ce qui peut donner lieu à une situation explosive sachant que le taux de mortalité se situe entre 0,5 et 1 % », de sorte que « si rien n’est fait, une très grande partie de la population sera rapidement infectée, les services de santé complètement saturés et la maladie causera la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes en France  ». En conséquence, selon le chercheur, « cette stratégie peut d’emblée être exclue ».

Par ailleurs « les modèles ont montré » que la stratégie « que nous envisagions en amont » et qui « consiste à construire une immunité collective ne permettait pas d’empêcher la totale saturation de nos systèmes de santé et, du coup, un nombre de morts très élevé  », analyse-t-il. C’est selon lui « pour cela que nous sommes entrés dans la stratégie du confinement ».  

« L’actuel confinement est inédit et nos modèles mathématiques trouvent donc leur limite » mais « avec quelques semaines de recul », « l’impact » de cette stratégie apparaît « indéniablement positif », observe Simon Cauchemez : « Nous sommes descendus à un peu moins d’une personne » infectée par une personne porteuse du virus, contre trois « en moyenne si rien n’avait été fait : ces trois semaines de confinement ont sans doute permis de réduire la transmission du virus d’environ deux tiers, ce qui était notre objectif en fin de confinement ».  

Le numérique et le dépistage pour éviter une 2e vague et un retour du confinement

Selon Simon Cauchemez, « une seconde vague épidémique pourrait survenir au moment du déconfinement » si la part de la population ayant « développé d’immunité collective » est inférieure à 66 %.  « Or, du fait même du confinement, il est très probable que le chiffre actuel soit très inférieur à ce seuil », estime le chercheur.

« En tout état de cause, la sortie du confinement devra s’accompagner de mesures de contrôle très fortes,  prévoit-il, [car] si nous nous contentons [des] mesures de distanciation sociale nous devrons bientôt réinstaurer un confinement [or,] alterner entre phases de confinement et de déconfinement, aurait un coût dramatique pour la population française ».

« Il ne faut pas s’attendre à ce que l’outil numérique soit suffisant », note l’expert, selon qui on doit le considérer « comme un outil complémentaire, susceptible de renforcer les autres dispositifs  ». Le système ne sera « réellement efficace » que si « les personnes présentant des symptômes ont la possibilité d’être orientées vers les bonnes structures pour être testées et obtenir leurs résultats rapidement », note-t-il. Or, à ses yeux, « les structures habituellement dévolues à ce type d’enquêtes ne suffiront pas » ; d’où la nécessité de son point de vue de « déployer des équipes en nombre suffisant sur le terrain afin de mener le travail d’investigation, notamment pour répondre aux enjeux de fracture numérique ».

Vers une stratégie numérique à la coréenne à la fin de l'épidémie

Selon Simon Cauchemez, « la stratégie d’identification des cas et de suivi des contacts » n’a de sens « qu’une fois l’épidémie éteinte, lorsque l’on est en mesure de détecter très rapidement les personnes contaminées et de retrouver celles avec lesquelles elles ont été en contact », et elle « n’a pas d’utilité dans un contexte où il n’y a pas de dépistage à grande échelle et où le virus circule fortement  ».

C’est seulement lorsqu’« il n’y aura plus que quelques cas sur le territoire national », que «  l’utilisation des outils numériques prendra son sens », indique-t-il, en complément de la stratégie consistant à « tester la population de manière intensive pour identifier tous les cas », afin d’« éviter que l’épidémie ne redémarre » : « c’est la stratégie qui était utilisée au début de l’épidémie, par exemple pour traiter le cluster des Contamines-Montjoie » en Haute-Savoie en février 2020, précise le chercheur.

« Certaines caractéristiques du virus, notamment la possibilité de contamination pré-symptomatique et les nombreuses personnes asymptomatiques, nous faisaient penser que le modèle coréen ne serait pas efficace ; mais force est de constater qu’il donne des résultats et que nous devons nous en inspirer », souligne le chercheur.

Simon Cauchemez
Fiche n° 4358, créée le 10/04/20 à 11:48 - MàJ le 10/04/20 à 12:00

Simon Cauchemez



Parcours Depuis Jusqu'à
Comité de scientifiques constitué au titre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19
Membre en tant que "modélisateur" Mars 2020 Aujourd'hui
Mars 2020 Aujourd'hui
Institut Pasteur
Responsable de l’unité de modélisation mathématique des maladies infectieuses Novembre 2013 Aujourd'hui
Novembre 2013 Aujourd'hui

Simon Cauchemez est responsable de l’unité de modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’institut Pasteur et membre du conseil scientifique Covid-19 créé en mars 2020 et présidé par Jean-François Delfraissy.


Institut Pasteur
Fiche n° 680, créée le 21/06/16 à 10:11 - MàJ le 21/06/16 à 10:12

Institut Pasteur

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