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Analyse /Covid-19 : « une révolution numérique immédiate s’impose pour faire face à la crise » (USA)

Paris - Publié le jeudi 9 avril 2020 à 14 h 09 - n° 10762 Les Américains prennent conscience des limites de leur système de soins de santé traditionnel face à la pandémie de Covid-19. Des chercheurs de l’université de StanfordUniversité de StanfordUniversité de Stanford estiment qu’il est « évident que [le pays a besoin] d’une révolution numérique immédiate pour faire face » à la crise sanitaire actuelle. Ils plaident pour un développement de la téléconsultation mais aussi des consultations par téléphone et des chatbots ainsi qu’une révision de la réglementation sur la protection des données. Leur prise de position* a été publiée le 2 avril 2020 dans le New England Journal of Medecine (NEJM).
© D.R.
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Le système de santé américain dans la tourmente

Le 7 avril 2020, près de 2 000 personnes contaminées par le nouveau coronavirus étaient décédées aux États-Unis. C’est le bilan journalier le plus négatif au monde depuis le début de la pandémie. La première puissance mondiale est actuellement l’un des pays les plus durement frappés par le Covid-19. Et elle n’a pas franchi le pic de l’épidémie.

Cette situation dramatique révèle les failles des systèmes de santé, aux États-Unis comme dans d’autres pays. Des chercheurs de l’université de Standford estiment que le système de santé est « mal équipé pour faire face à cette épidémie qui se développe rapidement ». Le secteur de la santé aux États-Unis est structuré sur le modèle historiquement nécessaire des interactions en personne entre les patients et leurs cliniciens. « Cette structure de soins contribue à la propagation du virus aux patients non infectés qui cherchent à se faire tester », analysent les chercheurs. Selon eux, les populations vulnérables, comme les patients souffrant de plusieurs maladies chroniques ou d’immunosuppression, sont forcément confrontées au choix difficile entre le risque d’exposition au Covid-19 lors d’une visite chez le médecin et le report des soins nécessaires.

Des outils numériques trop peu adoptés

Pour éviter ce choix cornélien, les chercheurs de Stanford appellent de leur vœu une révolution numérique dans le système de santé. Dans un article publié le 2 avril dans le New England Journal of Medicine (NEJM), ils soulignent que « pour continuer à fonctionner, les entreprises privées et les établissements d’enseignement supérieur ont fait une transition abrupte vers la vidéoconférence à distance et d’autres solutions numériques, alors que le système de santé continue à gérer cette crise en grande partie par des visites risquées ».

Et bien que certaines technologies numériques, telles que celles utilisées pour la télémédecine, existent depuis des décennies, leur pénétration sur le marché a été faible en raison de la lourdeur de la réglementation et de la rareté des structures de paiement de soutien. À leurs yeux, il est donc largement temps de passer à la vitesse supérieure.

Certes, des mesures ont été prises en urgence pour lever des blocages : le Congrès a supprimé les dispositions qui limitaient les services de télémédecine aux zones rurales, autorisant l’utilisation des services de télémédecine pour tous les bénéficiaires de l’assurance maladie à l’acte et aucune sanction ne sera prise pour l’utilisation de technologies de communication privées non conformes pendant cette urgence de santé publique.

Cependant, ces efforts sont insuffisants aux yeux des auteurs de cette prise de position dans le NEJM. « La crise exige une stratégie plus large pour aborder trois domaines spécifiques : le remboursement des nouveaux services numériques, l’allégement réglementaire élargi et l'évaluation des soins cliniques fournis au moyen de ces technologies », avancent-ils.

Faire de la médecine à distance avec tous les moyens disponibles

Face à la pandémie actuelle, les chercheurs estiment qu’il ne faut pas se limiter au développement de la télémédecine. « Au-delà des visites vidéo, il faudrait adopter rapidement des services à distance tels que des applications de texte, de courrier électronique et de téléphone portable, allant jusqu’à l’utilisation de  »chatbots« , écrivent-ils. Ces services pourraient être déployés pour fournir un soutien synchrone et asynchrone à la fois aux patients atteints de Covid-19 et à ceux qui ont besoin d’autres services cliniques de routine. » Autrement dit inclure des outils numériques au-delà de l’audio et de la vidéo. Quant au remboursement, il pourrait être basé sur le temps ou à l’acte.

Concernant les systèmes d’interface vocale (Amazon Alexa, Google Voice, Apple Siri), les montres intelligentes ou encore les moniteurs d’oxygène ou les thermomètres, ils appellent le gouvernement fédéral à classer et réglementer ces services numériques « comme des activités de commerce interétatique relevant de la juridiction fédérale plutôt que des États, afin de fournir un ensemble unique de règles pour ce marché émergent ».

L’hôpital à domicile pour lutter contre le Covid-19

Autre piste à creuser selon les chercheurs pour accroître la capacité de soins :  les modèles d’hôpital à domicile, encore trop peu adoptés aux États-Unis. « Les soins hospitaliers à domicile seront une option importante pour les patients stables atteints par le Covid-19 récemment diagnostiquées et pour la sortie précoce des patients admis à l’hôpital, estiment les chercheurs. De même, des services de télésurveillance à domicile de larges populations pourraient s’avérer très utiles. »

« Heureusement, concluent-ils. Le monde est différent de ce qu’il était en 1918. Nous disposons de la technologie nécessaire pour renforcer notre système de soins de santé pour nos patients. Il est temps que nous mettions ces outils en pratique. »

Université de Stanford

Fiche n° 1233, créée le 01/02/17 à 11:06

Université de Stanford

▪ Université américaine privée située au coeur de la Silicon Valley en Californie.
▪ Fondée en 1891 par Leland et Jane Stanford.
▪ En 2015 parmi ses professeurs et chercheurs Stanford comptait 20 prix Nobel et est devenue l’université la plus sélective des Etats-Unis devant Harvard avec 5 % d’admis.


  • Catégorie : Autre


* Perspective. Covid-19 and Health Care’s Digital Revolution

Sirina Keesara, M.D., Andrea Jonas, M.D., and Kevin Schulman, M.D.

April 2, 2020DOI : 10.1056/NEJMp2005835

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