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Covid-19 : les autorités prévoient de suivre l'épidémie grâce aux métadonnées des smartphones

Paris - Publié le jeudi 26 mars 2020 à 15 h 52 - n° 10671 « Collecter des métadonnées mobiles anonymisées pour aider à analyser les modes de diffusion du coronavirus » : c’est le projet évoqué par le commissaire au marché intérieur Thierry BretonThierry BretonThierry Breton, lors d’une vidéoconférence avec les P.-D.G. des sociétés de télécommunications européennes et leur organisation professionnelle, la GSMAGroup Special Mobile AssociationGroup Special Mobile Association, selon un communiqué diffusé par la Commission européenneCommission européenneCommission européenne le 24 mai 2020, qui précise que cette collecte devra se faire « d’une manière qui soit pleinement conforme au RGPDRGPDRèglement Général relatif à la Protection des Données et à la législation sur la protection des données électroniques ».

La GSMA affirme dans un communiqué daté du 26 mars que ses membres cherchent à « maximiser leur contribution » à la lutte des autorités contre la pandémie de Covid-19 grâce aux données anonymisées dont ils disposent.

« Nous allons sélectionner un grand opérateur par pays », annonce le commissaire européen (source : Politico), indiquant qu’il s’agit de « suivre la propagation du virus » et de « déterminer où les besoins en produits médicaux [sont] les plus pressants ». L’agence de presse Reuters rapporte que le Contrôleur européen de la protection des données Wojciech WiewiorowskiWojciech WiewiórowskiWojciech Wiewiórowski juge ce projet conforme au droit dès lors que la Commission se montre précise sur les jeux données qu’elle souhaite obtenir et transparente vis-à-vis des consommateurs, et que l’initiative reste exceptionnelle.
© Pixabay
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Mieux « dimensionner » les moyens hospitaliers

Le P.-D.G. d’OrangeOrange Stéphane RichardStéphane Richard confie ce 26 mars sur Europe 1 que l’opérateur historique choisi par la Commission européenne pour prendre part au projet d’exploitation des données de géolocalisation y travaille déjà avec l’InsermInserm, avec l’objectif de suivre les mouvements de la population dans l’Hexagone durant la pandémie, et ainsi d’aider à savoir « comment les moyens hospitaliers peuvent être dimensionnés ».

Stéphane Richard souligne que les données sont « agrégées par groupes de 50 000 personnes » et anonymisées sans « possibilité de les rattacher à un individu », contrairement à ce qui se fait à Taïwan ou en Israël.

Des projets en ce sens également à l'échelle nationale

En France,  l'Élysée souligne dans son communiqué annonçant le 24 mars la création du Care (Comité d’analyse de recherche et d’expertise sur le Covid-19) que son rôle serait d'« accompagner la réflexion des autorités », notamment « sur l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ».

La Fédération française des télécommunications Fédération française des Télécoms(FFT) affirme dans une déclaration adressée à France Info que les opérateurs de télécommunication français « se tiennent à disposition des pouvoirs publics pour aider le gouvernement dans la lutte contre la propagation du coronavirus », « notamment avec les données anonymisées dont les opérateurs télécoms disposent ». 

Mediapart affirme que la CnilCommission Nationale de l'Informatique et des Libertés a adressé à l’État une série de recommandations à ce sujet, lui demandant notamment :

  • de « veiller à définir objectivement et précisément les objectifs poursuivis par tout dispositif de localisation » ;
  • « de privilégier le traitement de données anonymisées » par opposition aux données individuelles ;
  • qu’en cas de suivi individuel, il repose « sur une démarche volontaire de la personne concernée » sans quoi « une intervention législative s’imposerait » ;
  • qu'à l’issue de la crise les dispositifs exceptionnels soient « sans conséquence pour les personnes concernées », avec notamment « destruction des données », et qu’ils « ne soient pas pérennisés ».

Un efficacité remise en cause

Plusieurs experts interrogés par Politico estiment que l’utilité des métadonnées issues des smartphones sera limitée dans le temps, du fait de la rapidité de propagation du virus.

Une fois le confinement imposé, elles risquent selon eux de ne plus pouvoir donner beaucoup d’informations, leur granularité n’étant pas suffisante pour suivre des déplacements de proximité.

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