Covid-19 / Étude : 86 % de personnes infectées non détectées selon une analyse de big data (Science)
Paris - Publié le mercredi 18 mars 2020 à 16 h 45 - n° 10608 Des cas non détectés, dont beaucoup n'étaient probablement pas gravement symptomatiques, ont été largement responsables de la propagation rapide de l'épidémie de Covid-19 en Chine, rapporte une nouvelle étude* menée par des scientifiques de l'école de santé publique Mailman de l’université de Columbia. Ces conclusions sont basées sur un modèle informatique de l'épidémie nourries par les données sur la mobilité en Chine. Elles ont été publiées en ligne le 16 mars 2020 dans la revue ScienceScienceScience.
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La sous-estimation des cas de coronavirus
Combien de personnes sont réellement infectées par le Covid-19 ? La question reste pour le moment sans réponse. Pourtant, l’estimation de la prévalence et de la contagiosité des nouvelles infections à coronavirus (SRAS-CoV2) non documentées est essentielle pour comprendre la prévalence globale et le potentiel pandémique de cette maladie. Faute de pouvoir faire des tests dépistage à l’ensemble de la population, les chiffres sont forcément en-dessous de la réalité.
Afin de percer ce mystère, des chercheurs de l'école de santé publique Mailman de l’université de Columbia ont utilisé un modèle informatique d’observations des infections signalées et de leur propagation en Chine, ainsi que les données sur la mobilité du 10 au 23 janvier 2020 et du 24 janvier au 8 février 2020. Leur modèle mathématique simule la dynamique spatiotemporelle des infections dans 375 villes chinoises. Ce big data renseigne la propagation spatiale du SRAS-CoV2 dans les villes grâce à l'évaluation du nombre quotidien de personnes qui se déplacent de ville en ville. Pour compenser la sous-déclaration, un facteur multiplicatif a été évalué.
Les résultats de ces travaux ont été publiés le 16 mars 2020 dans la revue Science.
Résultats : 86 % de cas non repérés
- 86 % de toutes les infections n'étaient pas documentées avant l’arrêt des voyages à Wuhan le 23 janvier 2020.
- Ces infections non documentées étaient 2 fois moins contagieuses (52 %) que les infections documentées.
- Elles étaient à l’origine des deux tiers des infections documentées.
Au vu de ces résultats, Jeffrey Shaman, professeur de sciences de la santé environnementale à la Mailman School de l’Université de Columbia et co-auteur de l'étude en conclut que « l’explosion des cas de Covid-19 en Chine a été largement due à des individus présentant des symptômes légers, limités ou n’en présentant pas du tout, qui n’ont pas été détectés ». « Nous constatons en Chine que ces personnes infectées non détectées sont nombreuses et contagieuses », commente-t-il.
L’enjeu majeur des « transmissions furtives »
Certes, la sensibilisation accrue à l'épidémie, le recours massif aux mesures de protection personnelle et les restrictions de voyage ont contribué à réduire la force globale de l’infection, « cependant, il n’est pas certain que cette réduction soit suffisante pour endiguer complètement la propagation du virus », explique Jeffrey Shaman. Selon l'équipe de recherche, les transmissions dites « furtives » constitueront donc un défi de taille pour contenir l'épidémie à l’avenir.
Science
- Revue scientifique américaine qui publie dans tous les domaines (médecine, mathématiques, biologie…)
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- Revue à comité de lecture la plus vendue au monde
- Editée par l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS)
- Publication hebdomadaire
*Substantial undocumented infection facilitates the rapid dissemination of novel coronavirus (SARS-CoV2)
Ruiyun Li, Sen Pei, Bin Chen, Yimeng Song, Tao Zhang, Wan Yang, Jeffrey Shaman
Science 16 Mar 2020 :eabb3221DOI : 10.1126/science.abb3221
