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Covid-19 : comment la Corée du Sud exploite les technologies & le numérique pour endiguer la pandémie

Paris - Publié le mardi 17 mars 2020 à 12 h 41 - n° 10594 Dépistage massif de la population, campagne de sensibilisation aux bonnes pratiques dès le début de l'épidémie (limiter les déplacements, télétravail, etc.), suivi rapproché des personnes potentiellement infectées par le Covid-19 et de leur parcours via les caméras installées dans les rues et plusieurs applications mobiles, dont une obligatoire… Alors que les mesures pour limiter la propagation du coronavirus en France viennent d'être renforcées, la Corée du Sud exploite depuis plusieurs semaines technologies et numérique pour endiguer au plus vite l'épidémie, sans recourir à un confinement total des citoyens.

Le pays recensait lundi 74 nouveaux cas de Covid-19 sur l’ensemble du territoire, un nombre inférieur à 100 pour la deuxième journée consécutive et à celui des patients guéris autorisés à sortir de l’hôpital (1 401 guérisons). Il enregistre actuellement 81 décès liés au virus. Il s’agit, avec la Chine, du deuxième pays au sein duquel la courbe épidémique commence à s’inverser. La Corée du Sud était pourtant le deuxième plus grand foyer de l'épidémie, avec plus de 8 300 personnes infectées au total à date. À titre de comparaison, la France compte 148 morts selon le dernier bilan (16 mars), l’Italie plus de 2 000, et le nombre de personnes contaminées continue d’augmenter (plus de 6 633 cas en France, soit 1 210 cas et 21 décès supplémentaires en 24 heures).

Attention cependant à ne pas tirer de conclusions trop hâtivement. Kim Dong-hyun, président de la Société coréenne d'épidémiologie (Korean Society of Epidemiology), et d’autres experts ont averti qu’il pourrait être trop tôt pour établir si le plan d’action adopté par la Corée du Sud a été adéquat pour lutter contre la propagation du Covid-19. Un nouveau foyer de contamination est d’ailleurs apparu, ont annoncé lundi les autorités : 46 cas ont été recensés au sein de l’église de Grace River Church de Seongnam, près de Séoul, qui avait continué de célébrer des messes malgré la demande du gouvernement d'éviter les rassemblements.

Health & Tech Intelligence fait le point sur les mesures déployées par le gouvernement sud-coréen, des méthodes a priori efficaces à ce jour mais qui présentent également certaines limites du point de vue du respect de la vie privée.
Un nouveau foyer de contamination a été identifié en Corée du Sud, près de Séoul. Photo : Séoul. - © Pixabay
Un nouveau foyer de contamination a été identifié en Corée du Sud, près de Séoul. Photo : Séoul. - © Pixabay

Récapitulatif des principales mesures établies par le gouvernement dès le début de l'épidémie :

  • interdiction des grands rassemblements ;
  • fermeture des établissements d’enseignement et d’autres espaces publics (parcs, installations sportives, garderies, etc.) ;
  • annulation de tous les grands événements sportifs.

Ces règles ont été appliquées peu de temps après la première manifestation majeure de la maladie dans le pays, dans la ville du sud-est de Daegu. Les espaces publics ont été fermés et les manifestations interdites à partir du 21 février, alors que le nombre de cas n'était que de 150.

Pas de confinement total des citoyens

La Corée du Sud n’a interdit l’entrée sur son territoire qu’aux citoyens de la province chinoise du Hubei, où le virus a pour la première fois été identifié. Elle n’a isolé aucune ville ni aucune région, y compris Daegu et la province du Gyeongsang du Nord, le plus grand foyer d’infections avec plus de 7 200 cas. La province représente 87 % des cas à l'échelle nationale.

Pas d’interdiction de marcher dans les rues ou de quitter la ville

Marcher dans les rues ou quitter la ville n’est pas interdit comme dans d’autres pays, ont rapporté à la presse les résidents de Daegu.

« La mairie a demandé aux gens le 20 février, lorsque l'épidémie avait été à peine découverte, de ne quitter leurs lieux qu’en cas de nécessité absolue. C’est ce que la majorité des citoyens continuent de faire et continuent de faire depuis près d’un mois maintenant », explique une habitante de Daegu, interrogée par le réseau médiatique paneuropéen Euractiv.

Une transparence de la part des autorités pour rassurer et sensibiliser la population aux bonnes pratiques à adopter

Par le biais de messages affichés dans les rues, dans les transports publics et relayés par les médias, lLes institutions sud-coréennes ont lancé rapidement un programme de sensibilisation aux pratiques d’hygiène, à l’utilisation de masques, au télétravail, à la nécessité de rester chez soi en cas de manifestation de symptômes et à l'éloignement social.

Les Centres coréens pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention) ont établi une référence en termes de quantité d’informations détaillées sur le coronavirus qu’ils publient tous les jours de manière ponctuelle.

Les données recueillies ont aidé les experts et ainsi les citoyens à mieux comprendre le fonctionnement du virus au fil des jours, « les informations apaisant dans une certaine mesure les craintes de la population », commente Euractiv.

  • Un système national d’alerte par smartphone avertit les résidents des districts ou localités respectifs lorsqu’un nouveau cas est détecté et contient un lien vers des informations détaillées sur les derniers endroits traversés par le patient en question. Le dispositif avertit les personnes qui ont visité les mêmes zones que ce dernier de surveiller et de signaler les éventuels symptômes qu’ils développent.

Une campagne massive de dépistage

Avec Bahreïn (Moyen-Orient), la Corée du Sud a effectué la proportion la plus élevée de tests à travers le monde. Le pays a adopté une campagne massive de dépistage de la maladie et a déjà effectué plus de 250 000 tests, selon des chiffres communiqués le 15 mars.

Plus de 5 370 tests par million de personnes effectués

Plus de 5 370 tests par million de personnes ont ainsi été réalisés. Il est néanmoins à noter que plus de 70 % des tests ont été effectués parmi les membres de la secte chrétienne de Shincheonji, qui a été le point de départ du cluster Daegu et était un groupe facile à suivre, rapporte Euractiv.

La stratégie des autorités a également consisté à déterminer qui devrait être testé afin d'éviter de gaspiller le nombre limité de kits de test disponibles. Un point important pour les pays qui ne disposent pas des ressources dont jouit Séoul. Le système mis en place implique que seules les personnes présentant des symptômes graves sont soumises au test, alors que les autres sont contraintes à l’isolement par quarantaine. « La Corée du Sud a mené des campagnes agressives à cet égard », insiste Euractiv.

Pas de pénurie de tests comme dans d’autres pays

De plus, la BBC rappelle que « les kits de test ne manquent pas » en Corée du Sud, contrairement en France. « Quatre entreprises ont été autorisées à les réaliser. Cela signifie que le pays a la capacité de tester 140 000 échantillons par semaine », indique la chaîne britannique.

En France, les experts défendent le choix de limiter le nombre de tests réalisés. « Ce serait un contresens et ne servirait à rien d’imposer un test à tout le monde. Car nous réduirions nos ressources et les laboratoires ne seraient pas équipés », explique à Checknews le chercheur Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus respiratoires de l’Institut PasteurInstitut Pasteur.

Un suivi rapproché des patients via des applis

Les apports du numérique ont par ailleurs été exploité par l’État sud-coréen pour assurer une meilleure gestion de la crise sanitaire.

Une application obligatoire pour les personnes en provenance des zones à haut risque

Le gouvernement a développé 2 applications mobile pour suivre les personnes potentiellement touchées par le Covid-19.

  • L’une d’elle est obligatoire pour les personnes arrivant en Corée du Sud en provenance de zones à haut risque - actuellement la Chine, Hong Kong, Macao, l’Iran et l’ensemble de l’Europe - qui sont obligées de répondre à des questions quotidiennes sur leurs symptômes possibles.
    • Ces mesures d’immigration concernaient jusqu’alors 9 pays ( le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Chine, le Japon et l’Iran) mais lundi, le gouvernement les a étendues à toutes les personnes en provenance de pays européens.
    • L’application obligatoire renvoie les utilisateurs vers un système de visioconférence pour organiser un test de dépistage s’ils signalent des symptômes.
  • L’autre application avertit les agents publics chaque fois qu’une personne en quarantaine quitte la zone d’isolement. Cependant, le téléchargement de l’application n’est pas obligatoire, le gouvernement compte donc sur le sens des responsabilités des personnes concernées sur ce point.

Une application d’auto-diagnostic pour toutes les personnes qui entrent sur le territoire

Par ailleurs, tous les entrants, qu’ils soient sud-coréens ou étrangers, doivent se soumettre à des contrôles de fièvre et présenter des documents relatifs aux conditions sanitaires dans les aéroports.

Ils doivent également télécharger une application d’auto-diagnostic et soumettre leurs résultats pendant 14 jours aux autorités. Celles présentant des symptômes sont placées en soins intensifs.

Des méthodes trop intrusives ?

Chaque personne testée positive est soumise à une remontée très précise des données relatives à sa vie privée les jours précédents sa contamination, l’objectif étant d’identifier les personnes avec lesquelles elle a été en contact. Soit la mise en place d’un pistage de ces citoyens.

Pour identifier le parcours des personnes contaminées, les autorités utilisent des méthodes comme le suivi des dépenses par cartes bancaires et le bornage téléphonique.

« Je pense qu’une détection précoce des patients avec des tests précis suivis de l’isolement peut réduire le taux de mortalité et empêcher la propagation du virus », a défendu à la BBC le professeur coréen Gye Cheol Kwon. Il ajoute avoir « tiré des leçons du passé (épidémie du MERS-CoVMERS-CoVMiddle East respiratory syndrome coronavirus (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2015) et préparé les systèmes à l’avance… ». Cela pourrait être, selon lui, « le véritable pouvoir pour surmonter ce nouveau type de catastrophe ».

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